ACTE III, SCENE IX. <.Sa
'e suivre, et l'on dit qu'il a un caractère pour se faire aimer de toutes les femmes.
ORONTE
Allons, vile à la justice ! Des arclieis après eux ! SCÈNE IX. — ORONTE, ÉRASTE, JULIE, SBRIGA^
ÉRASTE , à Julie.
Allons , vous viendrez malgré vous , et je veux vous re mettre entre les mains de votre père. Tenez , monsieur, voilà votre fille que j'ai tirée de force d'entre les mains de l'homme avec qui elle, s'enfuyoit; non pas pour l'amour d'elle, mais pour votre seule considération. Car, après l'action qu'elle a faite, je dois la mépriser , et me guérir absolument de l'amour que j'avo's pour elle.
ORONTE
Ah ! infâme que tu es !
ÉRASTE , à Julie.
Comment! me traiter do la sorte après toutes les marques i'amitié que je vous ai données! Je ne vous blâme point de vous être soumise ;i;ti volontés de monsieur votre père ; il est sage et judicieux ('ans les choses qu'il fait; et je ne me plains point de lui , de m'avoir rejeté pour un autre. S'il a manqué à la parole qu'il m'avoit donnée , il a ses raisons pour cela. On lui a fai-t. croire que cet autre est pUis riche que moi de quatre ou cinq mille écus ; et quatre ou cinq mille écus est un denier considérable , et qui vaut bien la peine qu'un homme manque à sa parole : mais oublier en un moment toute l'ardeur que je vous ai montrée! vous laisser d'abord enflammer d'amour pour un nouveau venu et le suivre honteusement, sans le consentement de monsieur votre père, après les crimes qu'on lui impute! c'est une chose condamnée de tout le monde, et dont mon cœur ne peut vous faire d'assez sanglants reproches.
JULIE
Hé bien ! oui. J'ai conçu de l'amour pour lui , et je l'ai voulu suivre , puisque mon père me l'avoit choir-i pouf époux. Quoi que vous médisiez, c'est un fort honnête homme ; el tous les crimes dont on l'accuse sont faussetés épouvantables.
160 MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
ORONTE
Taisez-vous ; vous êtes une impertinente, et je sais mieux que vous ce qui en est.
JULIE
Ce sont, sans doute, des pièces qu'on lui fait, et (monirant Érasie) c'cst peut-êtrc lui qui a trouvé cet artifice pour vous en dégoûter.
ÉBASTE
Moi ! je serois capable de cela !
JCLIE.
Oui, vous.
ORONTE
Taisez-vous, vous dis-je. Vous êtes une sotte.
ÉRASTE
Non , non ; ne vous imaginez pas que j'aie aucune envie de détourner ce mariage, et que ce soit ma passion qui m'ait forcé à courir après vous. Je vous l'ai déjà dit, ce n'est que la seule considération que j'ai pour monsieur votre père ; et je n'ai pu souffrir qu'un honnête homme comme lui fût exposé à la honte de tous les bruits qui pourroieut suivre une action comme la vôtre.
ORONTE
Je vous suis, seigneur Éraste, infiniment obligé.
ÉRASTE
Adieu, monsieur. J'avois toutes les ardeurs du monde d'entrer dans votre alliance ; j'ai fait tout ce que j'ai pu pour obtenir un tel honneur : mais j'ai été malheureux, et vous ne m'avez pas jugé digne de cette grâce. Cela n'empêchera pas que je ne conserve pour vous les sentiments d'estime et de vénération où votre personne m'oblige ; et . si je n'ai pu être votre gendre, au moins serai-je eternenement votre serviteur.
ORONTE
Airètipz, seigneur Eraste. Votre procédé me touche i'ame, et je vous donne ma fille en mariage.
Je ne veux point d'autre mari que monsieur de Pourreaugnac.
OÇONTE.
Et je veux, moi , tout à l'heure, que tu prennes le seineur Éraste. Çà, la main-