ACTE III, SCENE X
iLLIE.
Non, je n'en ferai rien.
ORONTE
Je te donnerai sur les oreilles.
ÉBASTE.
Non , non , monsieur ; ne lui faites point de violence, je DUS en prie.
ORONTE
C'est à elle à m'obéir, et je sais me montrer le maître
ÉRASTE
Ne voyez-vous pas l'amour qu'elle a pour cet homme-là? et voulez-vous que je possède un corps dont un autre possède le cœur ' ?
OKONTE.
C'est un sortilège qu'il lui a donné ; et vous verrez qu'elle changera de sentiment avant qu'il soit peu. Donnez-moi votre main. Allons.
IDLIE.
Je ne...
OHONTE.
Ah! que de bruit! Çà, votre main, vous dis-je. Ah? ah! ah!
ÉBASTE, à Julie.
Ne croyez pas que ce soit pour l'amour de vous que je vous donne la main : ce nVst que de "nnonsieur votre père dont je suis amoureux, et c'est lui que j'opouse.
OROME. •
Je vous suis beaucoup obligé ; et j'augmente de dix mille écus le mariage de ma fille. Allons , qu'on fasse venir la notaire pour dresser le contrat.
ÉRASTE
En attendant qu'il vienne , nous pouvons jouir du divertissement de la saison , et faire entrer les masques que le bruit des noces de monsieur de Pourceaugnac a attirés icide tous les endroits de la ville.
SCÈiNE X. — TROUPE DE MASQUES, dansants et
CnANTANTS, LN MASQLE, on Égyptien»».
Sortez, sortez de ces lieux,
•Var. Dfol ua autre vosséJera le cœur?
Î62 MONSIEUR DE POUUCEAljGiNAC
Soucis, Chagiiiis et Tiislesse;
Venez , venez , Ris et Jeux ,
Plaisir, Amour et Tendresse; Ne son^joons qu'à nous réjouir :
La grande affaire est le plaisir.
CIIOLLi; DE MASQLES CilAX>f iïïï^
Ne songeons qu'à nous réjouir :
La grande affaire est le plaisiPo
l'égyptienne.
A me suivre tous ici
Votre ardeur êst non communia
Et vous êtes en 90uci
De votre bonne fortune :
Soyez toujours amoureux ,
C'est le moyen d'èhe heurcaa
UN MASQUE, en Egyptlgc
Aimons jusques au trépas , La raison nous y convie.
Hélas ! si l'on n'aimoil pas .
Que seroit-ce de la vie?
Ah ! perdons plutôt le jour , Que de perdre notre amoui'.
L Er.ïPT!L?4.
Les biens,
L*ÉGY1'TÎ!NKE.
La gloire,
l'égyptien.
Les grandeut^, l'égyptienne.
Les sceptres qui font tant d'envie , l'égyptien.
fout n'est rien, si l'amour n'y mêle ses arJours-
l'égyptïenne^ il n'est point, sans l'amour, de plaisir dans la \ic tous deux ensemble.
Soyons toujours amouroux, C'est le moyen d'être heureux.
CB0:;uR.
Sus, sus, chantons ensemble; Dansons, sautons, jouons-nous.
4CTE Fil, SCEiNE X
UN MASQUE, en panlaloB.
liOrsque pour rire on s'assemble.
Les plus sages , ce me semble , Sont ceux qui sont les plus fous.
TOUS ENSEMBLE
^e songeons qu'à nous rejouir :
î>a grande affaire est le plaisir.
PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET
Danse de Sauvag-e»
SECONDE ENTRÉE DE BALLET
Ijaiisos i! • Hiscayens.
Deux caractères particuliers se font remarquer dans cette pièce : celui du Fou, qui ne ressemble en rien au Moron de la Princesse d'Élide, et qui n'est en réalité, suivant la juste observation de Voltaire, qu'un homme adroit qui, ayant la liberté de tout dire, s'en sert avec habileté et finesse, et celui de l'Astrologue. Molière, en faisant intervenir ce dernier personnage, a \oulu se moquer d'une croyance fort accréditée de son temps, l'astrologie judiciaire, qui fut également attaquée par La Fontaine et Fénélon.
Si l'on en croit quelques commentateurs, Molière, dans le rôle d'ÉrifiMU, aurait fait allusion à Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, et à sa passion pour Lauzun. Suivant Petitot, « un an avant la représentation des Amants magnifiques, Louis XIV avait ordonné à cette princesse de renoncer à l'espoir d'épouser son amant; et, deux mois après, elle eut la douleur de le voir enfermer à Pignerol. Louis XIV donna le sujet de cette pièce à Molière, les mémoires du temps s'accordent à l'attester : mais lui prescrivit-il de faire cette allusion ? rien n'est plus douteux. Il est naturel de croire que le roi dit à l'auteur de faire une comédie où deux princes se disputeraient aii magnificence pour éblouir et charmer une princesse ; et que Molière, afin de donner de l'iatérèt à un sujet si simple et si peu susceptible de fournir cinq actes, y joigjiit cet amour, dont la peinture dut singulièrement réussir en présence d'une cour qui savait toute cette intrigue. Il n'y eut que Mademoiselle qui dut souffrir. »
La sagacité de Petitot nous semble ici complètement en défaut. Si grande qu'ait été la hardiesse de Molière, peut-on supposer qu'il eût osé mettre en scène, en présence de toute la cour, une princesse du sang royal? Comment supposer que le roi l'eût souffert ? On peut donc à priori, en se plaçant au point de vue des simples convenances, regarder l'assertion de Petitot comme très-hasardée. En se plaçant au point de vue des faits, on reconnaît qu'elle est complètement fausse. M. Taschereau, dans le passage suivant, ne laisse aucun doute à cet égard : « Le caractère bien connu de Molière serait une réfutation suffisante de l'étrange assertion renfermée dans les lignes que nous venons de rapporter; car il n'est personne, nous l'espérons, qui, après avoir lu le Misanthrope et le Tartufe, n'y ait reconnu, en même temps qu'un génie supérieur, un homme de bien, un cœur généreux. Mériterait-il donc ces deux titres, l'auteur qui, abusant de la protection d'un monarque, irait, en la mettant en scène aux yeux de toute la cour, aux yeux de la France entière, insulter à la douleur d'une princesse malheureuse ? Mais il est une réponse plus positive à faire à cette supposition offensante pour Molière : Elle n'est fondée que scr un akachro- KISME. Petitot dit au 'un an avant la représentation des Awints mtf
KOTICL i67
pu'fiques, Louis XIY avait ordonné à Mademoiselle dis renoncer à ÎVsjJOtr dVpoKSfr son amant- Ce ne fut que le jeudi 18 décembre 1670 que cette défense fut faite par le roi à la princesse, ainsi que le constatent les annales contemporaines, et notamment la lettre très-détaillée de madame de Sévigné du 19 décembre 1670. Or, les Amants magnifiques avaient été représentés , comme nous l'avons dit, dès le 7 seiitembre 1670, c'est-à-dire plus de trois mois avant que l'on connût ses chagrins et même sa passion, et non un an aprè?, comme il est dit dans le morceau précité. Il était donc impossible que, quelque malignes qu'eussent été les intentions de Molière, il eiii fait allusion à cette intrigue. »
Pour compléter l'instorique de lu pièce qui nous occupe, nous ajouterons, d après le commentaire de Bret, que M. Gaillard, dans son Éloge de Corneille, a remarqué le premier, que Molière semble avoir imité, dans les Amants magnifiques, la comédie héroïque de Bon Sanche. En effet, Sostrate est, comme don Sanche, un héros amoureux, malgré la bassesse apparente de sa fortune, d'une princesse qui rougit également et de l'amour qu'elle inspire et de celui qu'elle éprouve pour un inconnu. Enfin, comme don Sanche, Sostrate a deux princes pour rivaux; et c'est à lui à nommer celui de ces deux rivaux qu'il croit le plus digne de la princesse. C'est à ces seuls traits que se borne la ressemblance des deux ouvrages.
M. Bazin définit justement ks Amants magnifiques un pot pourri de comédie, de pastorale, de pantomime, de machines et de ballets, et il donne, sur la composition de ces sortes d'ouvrages, des détails que nous croyons devoir reproduire ici, parce qu'ils intéressent à la fois l'histoire de l'art théâtral et l'histoire particulière du théâtre de notre auteur. « Molière, dit M. Bazin, en ctmposant les Amants magnifiques, accepta la charge d'une besogne qui semblait appartenir à Benserade , et sur laquelle nous voyons qu'on se méprend toujours. L'occasion notis convie à l'expliquer. Les ballets de cour se composaient d'entrées, de vers et de récits. Les entrées étaient muettes; on voyait s'avancer «ur le théâtre des personnages dont le poëte avait disposé les caractères, les costumes et les mouvements, en leur donnant à figurer parla danse une espèce d'action. Le programme ou livre distribué aux spectateurs les mettait au fait de ce qu'étaient les danseurs et de ce qu'ils voulaient exprimer. De tout temps on y avait joint quelques madrigarî à la louange des personnes qui devaient paraître dans les divers rôles, et c'était là ce qu'on appelait les vers, qui ue se débitaient pas sur la scène, qui n'entraient pas dans l'action, qu'on lisait, ou des yeux ou à voix basse, dans l'assemblée, s?ns que les figurants y eussent pari, sinon pour en avoir fourni la matière. Les récité, enfin, étaient des tirades débitées ou des couplets chantés* par des persop-
NOMS DES PERSONNES