‹ uvres complètes de MolièreChapitre 14 sur 553 · SCÈNE VI. — HAUPAGON, ÉLISE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — HAUPAGON, ÉLISE

HARPAGON

Voilà de mes damoiseaux flouets*^, qui n'ont non plus oV; vigueur que des poules. C'est là, ma fille, ce que j'ai résolu pour moi. Quant à ton frère , je lui destine une certaine veuve dont, ce matin , on m'est venu parler ; et , pour toi , je te donne au seigneur Anselme.

ÉLISE

Au seigneur Anselme?

HARPAGON

Oui, 'm homme mûr, prudent, et sage, qui n'a pas plus de cinquante ans, et dont on vante les grands biens.

ÉLISE, faisant li révérence.

Je ne veux point me marier, mon père, s'il vous plaît.

HARPAGON, coDlrefaisunt Élise

Et moi , ma petite fille , ma mie, je veux que vous votit mariiez, s il vous plaît.

ÉLISE, faisant encore la révérence.

Je vous demande pardon, mon père.

HARPAGON, contrefaisant Élise.

Je vous demande pardon, ma fille.

ELISE

Je suis très humble servante au seigneur Anselme; raaii

* Ta?.. Allei vite boire dam la - lisinc «a verre d'eau claire.

24 L'AVAliE.

(faisant encore la révérence), aVCC YOtre permissiOD , je DC l'ëpOU»

aerai point».

HARPAGON

Je suis votre très humble valet , mais (contrefaisant iute], avec votre permission, vous l'épouserez dés ce soir.

ÉUSE.

Dès ce soir?

HARPAGON

Dès ce soir.

ÉLISE, faisant encore la réréreiiM.

Cela ne sera pas, mon père.

HARPAGON, contrefaisant encore ÉliM.

Gela sera, ma fille.

ÉLISE

Non.

Si.

Non, vous dis-je.

Si, vous dis-je.

HARPAGON

ELISE

HARPAGON

ELISE

C'est une chose où vous ne me réduirez point.

HARPAGON

C'est une chose où je te réduirai.

ÉLISE

Je me tuerai plutôt que d'épouser un tel mari

HARPAGON

Tu ne le tueras point, et tu l'épouseras. Mais voyez quelle audace ! A-t-on jamais vu une fille parler de la sorte à son père?

ELISE

Mais a-t-on jamais vu un père marier sa fille de la sorte?

HARPAGON

C'est un parti où il n'y a rien à redire ; et je gage que tout le monde approuvera mon choix.

' Dans presque toutes les comédies de Molière il j a une jeune 611e qa'oo veol marier contre son ^ré. Le lalrm du poëte est d'avoir varié cette situation uni» forme par le seul elTet du caractère et du ton des personnages. Élise n'a point appris à respecter son pcre. Ce seul trait siiHil. pour donner de la nouveaulé i une situation qui est cc|iendant la même que Cille de Mariane dans Je Tartufe, et d'Hi.nriette dans U$ Ftmmee SavanUt. (Aiaé Martin.)

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