‹ uvres complètes de MolièreChapitre 142 sur 553 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

ser; puisque j'ai su ohfenir de vous que vous fussiez rivauT sans devenir ennemis, et qu'avec pleine soumission aux sentiments de ma fille vous attendez un choix dont je l'ai failt seule maîtresse, ouvrez-moi tous deux le fond de votie ame. et me dites sincèrement que", progrès vous croyez l'un 1 1 l'autre avoir fait sur son cœur.

TIMOCLÈS

Madame, je ne suis point pour me llatter; j'ai fait ce que j'ai pu pour toucher le cœur de la princesse Ériphile, et je m'y suis pris, que je crois, de toutes les tendres manières dont un amant se peut servir : je lui ai fait des hommajjes soumis de tous mes vœux; j'ai montré des assiduités, j'ai rendu des soins chaque jour; j'ai fait chanter ma passion aux voix les plus louchaiiles, et Tai fait exprimer en \ers aux plumes les plus délicates; je me suis plaint de m«;i martyre en des termes passicnués; j'ai fait dire à mes yeux, aussi bien qu'à ma houche, le désespoir de mon amour; j'a! poussé à ses pieds des soupirs lanjj'.iissaiits; j'ai même répandu des larmes; mais tout cela inutilement, et je n'a; point connu qu'elle ait dans l'àme aucun ressentiment de mon ardeur.

AUISTIOKE.

Et vous, prince?

IPrilCRATC.

Pour moi madame, conuoissant son indifférence, et h peu de cas qu'elle lait des devoirs qu'on lui rend, je n'ai voulu perdre auprès d'elle ni plaintes, ni soupi.s, ni laimes Je sais qu'elle est toute soumise à vos volontés, et que (v n'est que de votre main seule qu'elle voudra prendre un époux; aussi n'est-ce qu'à vous que je m'adresse pour Tob tenir, à vous plutôt qu'à elle que je lends tous mes soins e( tous mes hommags. i'.t p!ûl au ciel, madame, que voi:: eussiey, pu vous résoudre à tenir sa place; que vous eussi. voulu jouir des conquêtes que vous lui faites, et recevo:( pour vous les vœux que vous lui renvoyez!

ARISTIONE.

Prince, le compliment est d'un amant adroit, ei vous avcî "•(tflndu dire qu'il falloit cajoler les mères pour obtenir les ÛUes ; mais ici, par malheur, tout cela devient inutile, et je me sdis agagée à laisser le choix tout entier à l'inclination ie ma filie.

IPHICRATE

(juelque pouvoir que vous lui donniez pour ce crioix , ce n'est point compliment, madame, que ce que je vous dis. Je ne reciierche la princesse Eriphile que parcequ'elle est votre sang; je la trouve charmante par tout ce qu'elle tient de vous, et c'est vous que j'adore en elle.

ARISTIONE Voilà qui est fort bien.

IPIllCHATE.

Oui, madaîne, toute la terre voit eu vous <ies attraits et ie8 fiharmes que je...

IRISTIONE.

De grâce, prince, ôtons ces charmes et ces attraits : vous «avez que ce sont des mots que je retranche des compliments qu'on me veut faire. Je souffre qu'on me loue de ma sincérité; qu'on dise que je suis une bonne princesse, que j'ai de la parole pour tout le monde, de la chaleur pour mes amis, et de l'estime pour le mérite et la vertu ; je puis tâter de tout cela : mais pour les douceurs de charmes et d'attraits, je suis bien aise qu'on ne m'en serve point; et, quelque vérité qui s'y pût rencontrer, on doit faire quoique scrupule d'en goûter la louange, quand on est mère d'une fille comme la mienne.

IPinciUTE.

Ah ! madame , c'est vous qui voulez être mère malgré tout le monde; il n'est point d'yeux qui ne s'y opposent; et si vous le vouliez , la princesse Eriphile ne seroit que votre sœur.

ARISTIONE.

Mou Dieu! prince, je ne donne point dans tous ces galimatias où donnent la plupart des femmes : je veux être mère parceque je la suis , et ce seroit en vain que je ne la voudrois pas être. Ce titre n'a rien qui me choque, puisque, de mon consentement, je me suis exposée à le recevoir. C'est un foible de notre sexe, dont, grâce au ciel, je suis exemple; et je ne m'embarrasse point de ces grandes disputes d'âge sur quoi nous voyons tant de folles. Revenons à notre discours. E^t-il possible que jusqu'ici vous n'ayez pu conui>kti'<j i>ù penche l'inclination d'Ériphile?

IPHICRATE

Ce sont obscurités pour moi.

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