ACTE î, SGÈiNE 11. i:o
ARISTIONE.
Ci Gîilidas a-t-il vu cela?
CLITIDAS.
Oui, madame; mais du rivage.
ARISTIONE.
Et pouiquoi du rivage?
CLITIDAS.
Ma foi, madame, j'ai craint quelqu'un des accidents qui arrnciii d'ordinaire dans ces confusions. Cette nuit j'ai songé de i>iiisson mort et d'œufs cassés; et j'ai appris du seigneur An-ixaique que les œufs cassés et le poisson mort sigHifient maieucoDtre.
ANAXARyUE.
-ie remarque une chose : que Clitidas n'auroit rien à dire, «'il ne parloit de moi.
CLITIDAS.
C\sl qu'il y a tant Je choses à dire de vous, qu'on n'en •auiuil parler assez.
ANAXARQLE.
Vous pourriez prendre d'autres matières, puisque je vous an ai prié.
CLITIDAS.
Le moyeu? ne dites-vous pas que l'ascendant est plus fort que tout? et s'il est écrit dans les astres que je sois enclin à parler de vous, comment voulez-vous que je résiste à ma destinée?
ANAXARQUE
Avec tout le respect, madame, que je vous dois, il y a une chose qui est fâcheuse dans votre cour, que tout le monde y prenne liberté de parler, et que le plus honnête homme y soit exposé aux railleries du premier méchant plaisant.
CLITIDAS.
Je vous rends grâce de l'honneur.
ARISTIONE, à ADaxarqae.
Que vous êtes fou de vous chagriner de ce qu'il dit!
CLITIDAS.
Avec tout le respect que je dois à madame, il y a uut choso (jui m'étonne dans l'astrologie : comment des gens qui saii^iut tous les secrets des dfôux, et qui possèdent de» cou-
noissances à se mettre au-dessus de tous les hommes, aient besoin de faire leur cour, et de demander quelque chose. a?;axaiqle.
Tous deviez gagner un peu mieux votre argent , et (founer à madame de meilleures plaisanteries. '
CLITIDAS.
Ma foi, on les donne telles qu'on peut. Vous en parlez fort à votre aise; et le métier de plaisant n'est pas comme celui d'astrologue : bien mentir et bien plaisanter sont deux choses fort différentes ; et il est bien plus facile de tromper les gens que de les faire rire
ARISTIONE.
Hé! qu'est-ce donc que cela veut dire?
CLITIDaS, se parlant à iMi-mème.
Paix , impertinent que vous êtes ! ne savez-vous pas bien que Tastrologie est une affaire d'État', et qu'il ne faut point toucher à cette corde-là? Je vous l'ai dit plusieurs fois, vous vous émancipez trop, et vous prenez de certaines libertés qui vous joueront un mauvais tour, je vous en avertis. Vous verrez qu'un de ces jours on vous donnera du pied au cul, et qu'on vous chassera comme un faquin. Taisez -vous, si TOUS êtes sage.
ARISTIONE.
^Hi est ma fille?
TIMOCLÈS
Madame, elle s'est écartée; et je lui ai présenté une main qu'elle a refusé d'accepter.
ARISTIONE.
Priiices, puisque l'amour que vous avez pour Ériphile a bien voulu se soumettre aux lois que j'ai voulu vous impo-
' Ceci fait allusion à la conGatice que les grands et les souverains eux-mêmes avaient encore dans l'astrologie. L'astrologue le plus fameui de l'époque de Molière se Dommait Moria : il avait eu des succès dans la médecine ; mais, (roa- <.ia t ':etle science trop incertaine, il s'élait livré à l'astrologie, dont il croyait es calculs beaucoup plus sûrs. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on ne trouva ■ien d'extraordinaire dans cette conduite. Morin continua d'être estimé àe l' ;our, et même des savants. Descarle> était eu correspondance avec lui, el tai .emoignail b.'auciup d'égards. Il se discrédita vingt ans aTanI la représentatioE \ss Amants magnifique», parcequ'il eut l'imprudence de prédire que Gassendi Dourrait an mois d'août de l'aunée 1650. Ce savant ayant eu le bonheur de fair» nenlir la pr"phetie, on se mi>qua du prophète; et Molière, ami de Gassendi dont il clail l'élevo, ne fut pas des derniers à s'amuser aux dépens de Morin. (P.) — La Fontaine el Fcnclon ont ailAqué tiM-vivemeot l'absurde îroyance i Yt*trologie judiciaire.