‹ uvres complètes de MolièreChapitre 22 sur 553 · ACTE 11, SCÉiNE I · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÉiNE I

Cf-ÉANTEv

L'affaire ne se fera poiul?

LA niiciin.

Paidoiiiiez-inoi. Notre inailre Simon , le courtier qu'ois ujus a donné , homme agissant et plein de zèle, dit qu'il a fait rage pour vous, et il assure que votre seule physionomie lui a gagnJ le cœur.

CLÉANTE

J'aurai les quinze mille francs que je demande?

LA FLliCHE.

Oui , mais à quelques petites conditions qu'il faudra que TOUS acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent.

CLÉAME.

T'a-t-il fait parler à celui qui doit prêter l'argent?

LA FLÈCHE

Ah ! vraiment , cela ne va pas de la sorte. Il apporte encore plus de soin à se cacher que vous, et ce sont des mystères bien plus grands que vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom ; et Ton doit aujourd'hui rabouclier avec vous dans une maison empruntée , pour être instruit par votre bouche de votre bien et de votre famille ; et je ne doute point que le seul nom de votre père ne reiide les choses faciles.

CLÉANTE

Et principalement ma mère étant morte, dont on ne peut m'ôter le bien*.

LA FLÈCHE

Voici quelques articles qu'il a dictés lui-même à noire entremetteur, pour vous être montrés avant que de rien faire.

« Supposé que le prêteur voie toutes ses sûretés , et qu@ » l'emprunteur soit majeur, et d'une famille où le bien soit » ample, solide, assuré, clair, et net de tout embarras, on B fera une bonne et exacte obligation par-devant un notaire, » le plus honnête homme qu'il se pourra, et qui, pour cet » effet, sera choisi par le préteur, auquel il importe le plus » que l'acte soit dûment dressé, m

CLÉAME

Il n'y a rien à dire à cela.

' ?Aa. El principîleiiiear, noie mère eianl oîortS) «t;

LA FLÈCHE

« Le piéteur , pour ne charger sa conscience d'aucun

• scrupule, prétend ne donner son argent qu'au denier dix

■ huit'. ■

CLÉANTE

Au denier dix-huit? Parbleu! voilà qui est honnête. Il n'y a pas heu de se plaindre.

LA FLÈCHE

Cela est vrai.

« Mais , comme ledit préteur n'a pas chez lui la somme » dont il est question, et que, pour faire plaisir à l'eniprun- M teur, il est contraint lui-même de l'emprunter d'un autre

• sur le pied du denier cinq ^ , il conviendra que ledit pr»

• micr emprunteur paie cet intérêt, sans préjudice du reste^ *■ attendu que ce n'est que pour l'obliger que ledit préteul » s'engage à cet emprunt. »

Comment diable! quel Juif, quel Arabe est-ce là? C'est plus qu'au denier quatre 3.

LA FLÈCHE

Il est vrsi ; c'est ce que j'ai dit. Vous avez à voir làdessus.

CLÉA^TE.

Que veîîx-tu que je voie ? J'ai besoin d'argent , et il iaat bien que je consente à tout.

LA FLÈCHE

C'est la réponse que j'ai faite.

CÎ.ÉANTE.

Il y a encore quelque chose?

LA FLÈCHE

Ce n'est plus qu'un petit article.

« Des quinze mille francs qu'on demande , le prêteur ne

• pourra compter en argent que douze mille livres ; et ,

■ pour les mille écus restants , il faudra que l'emprunteur » prenne les hardes, nippes, bijoux dont s'ensuit le mé- « moire , et que ledit prêteur a mis , de bonne foi , au plus

• modique prix qu'il lui a été possible. »

'Ceit-à-dire un denier d'iolërèt pour dis-huit priléi; ce qni équivaut à M ^u plus de cinq el demi pour cent.

' A Yiiigl pnur ceut.

' A Tia.<i-ciuq pour cent.

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