ACTE II, SCENE I
CLÉA>TE.
Que <eul dire cela?
LA FLÈCHE
Écoutez le mcinoire
«1 Pieinicrement, un lit de quatre pieds à bandes de po;nl t de Hougrie , appliquées fort proprement sur un drap de » couleur d'olive , avec six chaises et la courte-pointe d© » môme : le tout bien conditionné, et doublé d'un petit taf- » fêtas changeant rouge et bleu.
I) Plus, un pavillon à queue, d'une bonne serge d'Âumal«
• rose sèche, avec le mollet et les franges de soie. »
CLÉANTE
Que veut-il que je fasse de cela ^
LA FLÈCHE
Attendez,
Il Plus, une tenture de tapisserie des amours de Gombaol » et de Macée.
» Plus , une grande table de bois de noyer, à douze ea~
■ lounes ou piliers tournés, qui se tire par les deux boub,
■ et garnie, par le dessous, de ses six escabelles'. »
CLUANTE.
Qu'ai-je affaire, morbleu...?
LA FLÈCHE
Donnez-vous patience.
• Plus, trois gros mousquets tout garnis de nacre d»
■ perle, avec les fourchettes assortissantes"^.
I) Plus , un fourneau de brique , avec deux cornues et
■ trois récipients , fort utile à ceux qui sont curieux de dis-
• tiller, 1)
CLÉANTE
J'enrage.
LA FLÈCHB.
Doucement
(I Plus, un luth de Bologne, garni de toutes ses cot^!^e^, ( ou peu s'en faut
» Plus , un trou-madame et un damier, avec un jeu de
• l'oie , renouvelé des Grecs , fort propres à passer le temps
• lorsque l'on n'a que faire.
' Vab. Etgarnip, jiar le dessous, de ses escabelles.
• Pàlon terminé d'un boni par une pointe qn'on enfnnçoil en terre, et, i Tauire, par un Ter fuurcbu sur leijuel on api>iiyoil le mousqact.
* Plus, une peau d'un lézard de trois pieds et demi, rem- B plie de foin : curiosité agréable pour pendre au plancher » d'une chambre.
I) Le tout ci-dessus mentionné, valant loyalement plus de » quatre mille cinq cents livres , et rabaissé à la valeur de » raille écus, par la discrétion du prêteur*. »
CLÉANTE
Que la peste l'étouffé avec sa discrétion , le traître , le bourreau qu'il est! A-t-on jamais parlé d'une usure senablable? Et n'est-il pas content du furieux intérêt qu'il exige, saris vouloir encore m'obliger à prendre pour trois mille livres les vieux rogatons qu'il ramasse? Je n'aurai pas deux cents écus de tout cela ; et cependant il faut bien me résoudre à consentir à ce qu'il veut ; car il est en état de me faire tout accepter, et il me tient, le scélérat, le poignard BUT la gorge.
LA FLÈCHE
Je vous vois, monsieur, ne vous en déplaise, dans le grand chemin justement que tenoit Panurge pour se ruiner, prenant argent d'avance, achetant cher, vendant à bon marché, et mangeant son blé en herbe 2
' La Belle Plaideuse, com'>die de Boisrobert, jouée l'an 1654, parait a»oir ibonii à Molière l'idée de cet inventaire. Voici la scène de Boisrobert. Pbilipik, valet d'Ergaste, a trouvé un usurier qui vent bien lui prêter son argent.
A votre père il feroit des leçons.
Têlebleii, qu'il eu sait, et qu'il fait de façons!
C'est le fesso-mallhicu le plus franc que je sache.
J'ai pensé lui donner deux fois sur la monslache.
Il veut bien nous fournir les quinze mille francs;
Hais, mnnsieur, les deniers ne sont pas tous comptant*.
Admirez le caprice injuste de cet h'mme:
Encor qu'au denier douze il pièle c<'tte somme
Sur bonne caution, il n'a que mille écus
Qu'il donne argent comptant.
ERGASTE
Cil dooc est le Eorplu«T
PHILIPIN.
Je ne sais si je puis voit; le conter sans rire; Il dil qu-.' du cap Virt il lui vient un navire; El fournil le surplus de la somme en guenons. En fort beaux perroquets, en douze gros catious, Hoitié fer, moitié fonte, et qu'on vend à la livre. Si vous voulez ainsi la somme, on vous la livre, etc.
•C'e.t le texte même de Rabelais : < Alwltant bois, bruslant les grosses son» » ches pour la vente des cendres, prenant argent d'avance, acbeplant cher, venk danl 2 h-^ ir^rché, et maoseant son bled en herbe. > (Liv. III, cb. II.J