TOUS DEUX ENSEMBLE
C'est la beauté qui commence de plaire ; Mais la douceur achève de charmer.
Vr.UTL.MNE.
Souffrons tous qu'Amour nous blessff Languissons, puisqu'il le faut.
PALÉMON
Que sert un cœur sans tendresse?
Est-il un plus grand défaut?
VERTIMNE.
Un bel objet, toujours sévère, Ne se fait jamais bien aimer.
PALÉMON
C'est la beauté qui commence de plairs; Mais la douceur achève de charmer.
TOUS DEUX ENSEMDLE.
C'est la beauté qui commence de plaire; Mais la douceur achève de charnier.
VIjORE répond au dialogue de VerUimne el de Palémon par ca mencu autres divinités y mêlent leurs dansea.
Est-on sage , Dans le bel âge ,
Est-on sage De n'aimer pas?
Que sans cesse ,
L'on se presse De goûter les plaisirs ici-bas.
La sagesse De la jeunesse , C'est de savoir jouir de ses appas
L'Amour charme Ceux qu'il désarme;
L'Amour charme, Cédons-lui lous.
Notre peine
Seroit vaine De vouloir résister à ses coups:
Quelque chaîne Qu'un amant prenne, La liberté n'a rien qui soit si doux.
Vénus descend du ciel dans une grande niacliine, avec l'Amour son fils, et deux petites Grâces nommées ^ïgriale et Phaèue; et les divinités de la terre et des eaux recommencent de joindre toutes leurs voix, et continuent par leurs danses i\e h^ témoigner la joie qu'elles ressentent à son abord.
CHOEUB de toules les divinités de la terre et det ea».
Nous goûtons une paix profonde, Les plus doux jeux sont ici-bas; On doit Ce repos plein d'appas
Au plus graud roi du monde.
Descendez, mère des Amours, Venez nous donner de beaux jours.
VENL'S , dans u nïchioe.
Cesser, cessez pour moi tous vos chants d'allégrcMe ; De si rares honneurs ne m'appartiennent pas; Et l'hommage qu'ici votre bonté m'adresse Doit être réservé pour de plus doux appaft. , C'est une trop vieille? méthode
De me venir faire sa cour ;
Toutes les choses ont leur tour,
Et Vénus n'est plus à la mode.
Il est d'autres attraits naissants
Où l'on va porter ses encens.
Psyché, Psyché la belle, aujourd'hui tient ma plac6| Déjà tout l'univers s'empresse à l'adorer ;
Et c'est trop que , dans ma disgrâce , Je trouve encor quelqu'un qui mo daigne honorer. On ne balance point entre nos deux mérites , A quitter mon parti tout s'est licencié , Et du nombreux amas de Grâces favorites Dont je trainois partout les soins et ramitié. Il ne m'en est resté que deux des plus petites.
Qui m'accompagnent par pitié.
Souffrez que ces demeures sombres Prêtent leur solitude aux troubles de mon cœur.
Et me laissez, parmi leurs ombres, Cacher ma honte et ma douleur.
Flore et les autres déités se retirent, et Vénus, ^vec sa suite, sort de sa machine.
iEGIALE.
Nous ne savons, déesse, comment faire, Daus ce chagrin qu'on voit vous accabler.
Notre respect veut se taire,
Notre zèle veut parler.
VENDS
Parlez ; mais si vos soins aspirent à me plaire. Laissez tous vos conseils pour une autre saisoa, Et ne parlez de ma colère Que pour dire que j'ai raison.
C'étoit là, c'étoit là la plus sensible offeaae Que ma divinité put jamais recevoir :
Mais j'en aurai la vengeance , Si les dieux ont du pouvoir.
PUAÈNE.
Vous avez plus que nous de clarté, de sagesse. Pour juger ce qui peut être digne de vous; Mais , pour moi , j'aurois cru qu'une grande déesse Devroit moins se mettre en courroux.
VÉNUS
Et c'est là la raison de ce courroux extrême.
Plus mon rang a d'éclat, plus l'affront est sanglant,
Et, si je n'étois pas dans ce degré suprême,
Le dépit de mon cœur seroit moins violent.
Moi, la fille du dieu qui lance le tonnerre,
Mère du dieu qui fait aimer; Moi , les plus doux souhaits du ciel et de la terre. Et qui ne suis venue au jour que pour charmer;
Moi qui, par tout ce qui respire.
Ai vu de tant de vœux encenser mes autels. Et qui de la beauté , par des droits immortels. Ai tenu de tout temps le souverain empire: Moi, dont les yeux ont mis deux grandes déités Au point de me céder le prix de la plus belle , Je me vois ma victoire et mes droits disputés
Par une chétive mortelle!
Le ridicule «Ma* d'un fol entêtement
PHOI>OGUE. 339
Va jusqu'à m'opposer une petite fille!
Sur ses traits et les miens j'essuierai constammcut
Un téméraire jugenfient,
Et du haut des oieux, où je brille, J'entendrai prononcer aux mortels prévenut:
Elle est plus belle que Vénus!
iCCIALE.
Voilà comme l'on fait; c'est le style des hommes; Us sont impertinents dans leurs comparaisons.
PHAÈNE.
Ils ne sauroient louer, dans le siècle où nous somme» ,. Qu'ils n'outragent les plus grands noms.
VKNLS.
Ah ! que de ces trois mots la rigueur insolente
Venge bien Junon et Pallas, Et console leurs cœurs de la gloire éclatants Que la fameuse pomme acquit à mes appaa! Je les vois s'applaudir de mon inquiétude, Affecter à toute heure un ris malicieux, Et , d'un fixe regard , chercher avec étude
Ma confusion dans mes yeux.
Leur triomphante joie, au fort d'un tel outrage, Semble me venir dire, insultant mon courrou? : Vante, vante, Vénus, les traits de ton visage! Au jugement d'un seul tu l'emportas sur uous i
Mais , par le jugement de tous , Une simple mortelle a sur toi l'avantage. Ah! ce coup-là m'achève, il me perce le cœur; Je n'en puis plus souffrir les rigueurs sans égale*; Et c'est trop de surcroît à ma vive douleur,
Que le plaisir de mes rivales.
Mon fils, si j'eus jamais sur toi quelque crédit,
Et si jamais je te fus chère, Si lu portes un cœur à sentir le dépit
Qui trouble le cœur dune mère
Qui si tendrement te chérit, Emploie , emploie ici l'effort de ta puissance
A soutenir mes intérêts :
Et fais à Psyché , par tes traits ,
Sentir les traits de ma vengeance.
Pour rendre son cœur malheureux ,
540 rSYCHÉ.
Prends celui de tes traits le plus propre à me plaiFe
Le plus empoisonné de ceux
Que tu lances dans ta colère.
Du plus bas, du plus vil, du plus affreux mortel. Fais que, jusqu'à la rage, elle soit enflammée, El qu'elle ait à souffrir le supplice cruel
D'aimer et n'être point aimée.
l'amour.
Dans le monde on n'entend que plaintes de l'Amour On m'impute partout mille fautes commises, Et vous ne croiriez point le mal et les sottises
Que l'on dit de moi chaque jour.
Si pour servir votre colère...
VLNUS.
Va , ne résiste point aux souhaits de ta mère ; N'applique tes raisonnements Qu'à chercher les plus prompts moments
De faire un sacrifice à ma gloire outragée
Pars, pour toute l'éponse à mes empressement»,
Et ne me revois point que je ne sois vengée.
L'Amour s'envole, et Vénus se retire avec les Grâces. La scène est cliangéc en une grande ville, où l'on découvre des deui côtés des palais et des maisons de difTérents ordres d'arctùtecture