‹ uvres complètes de MolièreChapitre 263 sur 553 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Tout ce qui peut causer une amoureuse flamme, s moindres actions brillent d'un agrément Dont je me sens toucher l'ame; Et je scrois votre amant Si j'étois autre que femme

CIDIPPE.

D'où vient donc qu'on la voit l'emporter sur nous rtenji; Qu'à ses premiers regards les cœurs rendent les armes, Et que d'aucun tribut de soupirs et de vœu» On ne fait honneur à nos charmes?

AGLAURE

Toutes les dames , d'une voix , Trouvent ses attraits peu de chose; Et du nombre d'amants qu'elle tient sous ses loi». Ma sœur, j'ai découvert la cause.

CIDIPPE.

Pour moi, je la devine; et l'on doit présume? Qu'il faut que là-dessous soit caché du mystère

Ce secret de tout enflammer N'est point de la nature un effet ordinaire; L'art de la Thessalie enire dans cette affaire; Et quelque main a su , sans doute , lui former

Un charme pour se faire aimer.

AGLACRE

Sur un plus fort appui ma croyance se fonde ; Et le charme qu'elle a pour attirer les coeurs, C'est un air en tout -temps désarmé de rigueur», Des regards caressants que la bouche seconde;

Un souris chargé de douceurs ,

Qui tend les bras à tout le monde,

Et ne vous promet que faveurs.

Notre gloire n'est plus aujourd'hui conservée; Et l'on n'est plus au temps de ces nobles fiertés Qui, par un digne essai d'illustres cruautés, Vouloient voir d'un amant la constance éprouvée. De tout ce noble orgueil, qui nous seyoit si bien, On est bien descendu , dans le siècle où nous sommes. Et l'on en est réduite à n'espérer plus rien , A moins que l'on se jette à la tète des hommes.

CIDIl'PE.

Oui, voilà le secret de l'affaire; ei je voi

544 PSYCHÉ

Que vous le prenez mieux que moi.

CVst pour nous attacher à trop de bienséance, Qu'aucun amant, ma sœur, à nous ne veut venirj

Et nous voulons trop soutenir L'honneur de notre sexe et de notre naissance. Les hommes maintenant aiment ce qui leur rit; L'espoir, plus que l'amour, est ce qui les attire ; Et c'est par là que Psyché nous ravit Tous les amants qu'on voit sous son empire. Suivons, suivons l'exemple, ajustons-nous au temps; Abaissons-nous, ma sœur, à faire des avances, Et ne mén,ageons plus de tristes bienséances, Qui nous ôtent les fruits du plus beau de nos ans.

AGLAURE

J'approuve la pensée , et nous avons matière

D'en faire l'épreuve première Aux deux princes qui sont les derniers arrivés. Ils sont charmants, ma sœur; et leur personne entier

Me... Les avez-vous observés?

CIDIPPE.

Ah! ma sœur, ils sont faits tous deux d'une manier*^ Que mon ame.. Ce sont deux princes achevés.

AGLAURE

Je trouve qu'on pourroit rechercher leatr tendresse Sans se faire déshonneur.

CIDIPPE.

Je trouve que , sans honte , une belle princesse Leur pourroit donner son cœur.

AGLAURE

Les voici tous deux, et j'admire Leur air et leur ajustement.

CIDIPPE.

Ils ne démentent nullement Tout ce que nous venons de dire.

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