‹ uvres complètes de MolièreChapitre 287 sur 553 · SCÈNE III. - L'AMOUR, PSYCHÉ, ZÉPHYRS · texte numérisé non relu

SCÈNE III. - L'AMOUR, PSYCHÉ, ZÉPHYRS

l'amocr.

Le voilà, ce serpent, ce monstre impitoyable. Qu'un oracle étonnant pour vous a préparé , Et qui n'est pas, peut-être, à tel point effroyable Que vous vous l'êtes figuré.

PSTCHÉ.

Vous, seigneur, vous seriez ce monstre dont l'oracle

A menacé mes tristes jours, Vous qui semblcz plutôt un dieu qui, par miracle, Daigne venir lui-même à mon secours!

l'amodr.

Quel besoin de secours au milieu d'un empire

Où tout ce qui respire N'attend que vos regards pour en prendre la loi , Où vous n'avez à craindre autre monstre que moi ?

PSYCHÉ

Qu'un monstre tel que vous inspire peu de crainte' Et que , s'il a quelque poison , Une ame auroit peu de raison De hasarder la moindre plainte Contre une favorable atteiote,

570 PSYCHÉ

Dont tout le cœur craindroit la guérison ! A peine je vous vois, que mes frayeurs cessées Laissent évanouir l'image du trépas , Et que je sens couler dans mes veines glacées Un je ne sais quel feu que je ne connois pas. J'ai senti de l'estime et de la complaisance,

De l'amitié, de la reconnoissance; De la compassion les chagrins innocents

M'en ont fait sentir la puissance; Mais je n'ai point encor senti ce que je sens. Je ne sais ce que c'est; mais je sais qu'il me charme,

Que je n'en conçois point d'alarme.

Plus j'ai les yeux sur vous, plus je m'en sens charmer. Tout ce que j'ai senti n'agissoit point de même ;

Et je dirois que je vous aime.

Seigneur, si je savois ce que c'est que d'aimer. <

Ne les détournez point ces yeux qui m'empoisonnent. Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux, Qui semblent partager le trouble qu'ils me donnent.

Hélas! plus ils sont dangereux, Plus je me plais à m'attacher sur eux. Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre,

Vous dis-je plus que je ne dois , Moi de qui la pudeur devroit du moins attendre Que vous m'expliquassiez le trouble où je vous vois? Vous soupirez, seigneur, ainsi que je soupire ; Vos sens, comme les miens, paroissent interdits. C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire; Et ependant c'est moi qui vous le dis'. l'amoiu.

Vous avez eu, Psyché, l'ame toujours si dure,

Qu'il ne faut pas vous étonner

Si , pour en réparer l'injure , L'amour, en ce moment, se paie avec usure

De ce qu'elle a dû lui donner.

Ce moment est venu qu'il faut que votre bouche

'Corneille avait soixanle-cinq ans lorsqu'il fit celte décl^ralion si tendre «tk vébémeme; mais ce qui peut eu expliquer la tendresse et la verve, c'est qu'il ctail alors fort amoureux de mademoiselle Molière, qui jouait te rôle de Psyché. C'est donc pour elle qu'il composa ces vers; et la déclaration qu'il met dan» U bouche de la joune fille exprime, comme il le dit lui-même, tout le feu qui cirtule dans des viinet glacées. Un an plus tard, il lui reodit un nouvel hommage, i»as Pulchérie, soui le nom lie Us'i'^*'- (Aimé UarliD.)

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