‹ uvres complètes de MolièreChapitre 288 sur 553 · ACTE 111, SCENE III. 57i · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE III. 57i

E^ljale des soupirs si longtemps retenus, Et (ju'en vous arrachant à cette huineur farouche, Un amas de transports aussi doux qu'inconnus Aussi sensiblement tout à la fois vous touche, Qu'ils ont dû vous toucher durant tant de beaux jour» Dont cette ame insensible a profané le cours.

PSÏCIIt.

N'aimer point, c'est donc un grand crime? l'amour.

En souffrez-vous un rude châtiment?

PSYCHÉ

C'est punir assez doucement.

l'amoir.

C'est lui choisir sa peine légitime, Et se faire justice, en ce glorieux jour, D'un manquement d'amour par un excès d'amour

PSYCHÉ

Que n'ai-je été plus tôt punie!

J'y mets le bonheur de ma vie.

Je devrois en rougir, ou le dire plus bas;

Mais le supplice a trop d'appas Permettez que, tout haut, je le die et redifc : Ji" le dirois cent fois, et n'en rougirois pas Ce n'est point moi qui parle; et de votre présenci L empire surprenant, l'aimable violence.

Dés que je veux parler s'empare de ma voix. C'est en vain qu'en secret ma pudeur s'en offense,

Que le sexe et la bienséance

Osent me faii'e d'autres lois ; Vos yeux de ma réponse eux-mêmes font le choix, Et ma bouche asservie à leur toute-puissance Ne me consulte plus sur ce que je me dois.

L'iMOUR.

Croyez, belle Psyché, croyez ce qu'ils \ous disent,

Ces yeux qui ne sont point jaloux;

Qu'à l'envi les vôtres m'instruisent

De tout ce qui se passe en vous.

Croyez-en ce cœur qui soupire , Et qui, tant que le vôtre y voudra repartir.

Vous dira bien plus d'un soupir,

Que cent regards ne peuvent dire

572 PSYCHE

C'est le langage le plus doux ; C'est le plus fort, c'est le plus sûr de tous

PSYCHÉ

L'inleliigcnce en étoit due A nos cœurs, pour les rendre également content^ J'ai soupiré, vous m'avez entendue ;

Vous soupirez, je vous entends.

Mais ne me laissez plus en doute.

Seigneur, et dites-moi si par la même route, Après moi, le Zéphyre ici vous a rendu

Pour me dire ce que j'écoute.

Quand j'y suis arri^ée, élioz-vous attendu? Et quand vous lui parlez, étes-vous entendu?

L'AMOtn.

J'ai dans ce doux climat un souverain empire,

Comme vous l'avez sur mon coeur ; L'Amour m'est favorable, et c'est en sa faveur Qu'à mes ordres Éole a soumis le Zéphyre, C'est l'Amour qui , pour voir mes feux récompenséi^

Lui-même a dicté cet oracle

Par qui vos beaux jours menacés D'une foule d'amants se sont débarrassés, Et qui m'a délivré de l'éternel obstacle

De tant de soupirs empressés Qui ne méritoient pas de vous être adressés. Ne me demandez point quelle est cette province, Ni le nom de son prince :

Vous le saurez quand il en sera temps. Je veux vous acquérir, mais c'est par mes services, Par des soins assidus et par des vœux constants,

Par les amoureux sacritices De tout ce que je suis.

De tout ce que je puis.

Sans que l'éclat du rang pour moi vous sollicite, Sans que de mon pouvoir je me fasse un mérite ; Et, bien que souverain dans cet heureux séjour, Je ne vous veux. Psyché, devoir qu'à mon amou^ Venez en admirer avec moi les merveilles , Princesse , et préparez vos yeux et vos oreilleb

A ce qu'il a d'enchantements ; Vous y verrez des bois et des prairie»

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