ACTE OUAIRIÈME
Le théâtre devient nn autre palais magnifique, coupé dans le fond par un ïestihule, au travers duquel on voit un jardin superbe et charmant, décoré lie plusieurs vases d'orangers, et d'arbres chargés de toutet sortes de Iruits.
SCEAE I. — AGLAURE, CIDIPPE.
AGLADRE.
Je n'en puis plus, ma sœur; j'ai vu trop de merveille»,
L'avenir aura peine à les bien concevoir;
Le soleil qui voit tout, et qui nous fait tout voir,
N'en a vu jamais de pareilles.
Elles me chagrinent l'esprit; Et ce brillant palais, ce pompeux équipage,
Font un odieux étalage Qui m'accable de honte autant que de dépit. Que la Fortune indigiiemcnt nous traite,
Et que sa largesse indiscrète Prodigue aveuglément, épuise, unit d'efforts,
Pour faire de tant de trésors
Le partage d'une cadette!
CIDIPPE.
J'entre dans tous vos sentiments ; J'ai les mêmes chagrins; et, dans ces lieux charmants,
Tout ce qui vous déplaît me blesse; r )ut ce que vous prenez pour un mortel affront ,
Comme vous, m'accable, et me laisse Lunertume dans l'ame, et la rougeur au front.
AGLAURE
Non , ma sœur, il n'est point de reines l^ui, dans leur propre état, parlent en souverai:.»
Comme Psyché parle en ces lieux.
On l'y voit obéie avec exactitude ; F,t de ses volontés une amoureuse étude
Les cherche jusque dans ses yeux.
Mille beautés s'empressent autour d'elle.
578 PSYCHE
Et semblent dire , à nos regards jaloux : Quels que soient nos attraits, elle est encor plus belle, Et nous , qui la servons , le sommes pîus que vous.
Elle prononce, on exécute; Aucun ne s'en défend , aucun ne s'en rebute.
Flore, qui s'a I tache à ses pas, Répaud à pleines mains, autour de sa personne.
Ce qu'elle a de plus doux appas ; Zéphyre vole aux ordres qu'elle donne , Et son amante et lui, s'en laissant trop charmer, Quittent, pour la servir, les soins de s'entr'aimer. cmipPE.
Elle a des dieux à son service,
Elle aura bientôt des autels ; Et nous ne commandons qu'à de chétifs morteb
De qui l'audace et le caprice , Contre nous, à toute heure, en secret ré^eltés.
Opposent à nos volontés
Ou le murmure ou l'artific*.
AGLAURE
C'étoit peu que, dans notre cour, Tant de cœurs, à l'envi, nous Teusseut préférée; Ce n'étoit pas assez que, de nuit et de jour. D'une foule d'amants elle y fût adorée. Qiiand nous nous coïisolions de la voir au tombeau
Par l'ordre imprévu d'un oracle , Elis a voulu, de son destin nouveau.
Faire, en noire présence, éclater le miracle,
Et choisir nos yeux pour témoins De ce qu'au fond du cœur nous souhaitions le moins.
CIDIPPE.
Ce qui le plus me désespère, i l'est cet amant parfait et si digne de plaire
Qui se captive sous ses lois.
Ijuand nous pourrions choisir entre tous les mouaraues
En est-il un, de ttinl de rois,
Qui porte de si nobles marques?
Se voir du bien par delà ses souhaits, ^'est sou\ent qu'un bonheur qui fait des misérables; Il n'est ni train pompeux ni superbes palais Qui n'ouvrent quelque porte à des maux incurables :