SCÈNE III. - L'AMOUR, PSYCHÉ
l'amour.
Enfin vous êtes seule , et je puis vous iv'^dire , Sans avoir pour témoins vos importunes cœurs, Cfi que des yeux si beaux .1 pris sur mot d'empire^
Et quels excès ont les douceurs
Qu'une sincère ardeur inspire
Sitôt qu'elle assemble deux cœurs.
ie puis vous expliquer de mon ame ra\ie
Les amoureux empressements.
Et vous jurer qu'à vous seule asservie ESe n'a pour objet de ses ravissements
582 PSYCHE
Qae de voir cette ardeur, de même ardeur suivie , Ne concevoir plus d'autre envie Que de régler mes vœux sur vos désirs , Et de ce qui vous plaît faire tous mes plaisirs. Mais d'où vient qu'un triste nuage Semble offusquer l'éclat de ces beaux yeux? Vous manque-t-il quelque chose en ces lieux? Des vœux qu'on vous y rend dédaignez-vous Ihommafre?
PSYCiii':.
Non , seigneur.
l'amour.
Qu'est-ce donc? et d'où vient mon malheur? 'entends moins de soupirs d'amour que de douleur ; Je vois de votre teint les roses amorties Marquer un déplaisir secret ; Vos sœurs à peine sont parties, Que vous soupirez de regret.
Ah ! Psyché , de deux cœurs quand l'ardeur est la même
Ont-ils des soupirs différents?
Et quand on aime bien , et qu'on voit ce qu'on aime , Peut-on songer à des parents^
PSYcnii.
Ce n'est point là ce qui m'aillige.
l'amour.
Est-ce l'absence d'un rival , Et d'un rival aimé, qui fait qu'on me néglige?
psYcrîÉ.
Dans un cœur tout à vous que vous pénétrez mal ! Je vous aime , seigneur, et mon amour s'irrite De l'indigne soupçon que vous avez formé. Vous ne connoissez pas quel est votre mérite ,
Si vous craignez de n'être pas aimé.
Je vous aime; et, depuis que j'ai vu la lumière. Je me suis montrée assez tière Pour dédaigner les vœux de plus d'un roi ; Et, s'il vous faut ouvrir mon ame tout ouliùre, Je n'ai trouvé que vous qui fût digne de moi. Cependant j'ai quoique tristesse Qu'en vain je voudrois vous cacJior ; Un noir chagrin se mêle à toute uia tendresse, Dont je ne la puis détacher.