‹ uvres complètes de MolièreChapitre 308 sur 553 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

ci.Eo:iîi:NE.

La plus juste douleur qui d'un beau désespoir

Nous eût pu fournir la matière :

Cette pompe fum'bre, où du sort le plus noir Vous attendiez la rigueur la plus fiére, L'injustice la plus entière.

AGÉNOR

Sur ce même rocher où le càel en courroui

Vous promeltoit, au lieu d'époux, Un serpent dont soudain vous seriez dévorée,

Nous tenions la main préparée A repousser sa rage ou mourir avec vous. Vous le savez, princesse; et, lorsqu'à notre vue, Par le milieu des airs vous êtes disparue , Du haut de ce rocher, pour suivre vos beautés. Ou plutôt pour goûter cette amoureuse joie D'offrir pour vous au monstre une première proies D'amour et de douleur lun et l'autre emportés,

Nous nous sommes précipités.

. Cr.LOMÈNE.

Heureusement déçus au sens de votre oracle, Nous en avons ici reconnu le miracle.

Et su que le serpent prêt à vous dévorer

Étoit le dieu qui fait qu'on aime, Et qui, tout dieu qu'il est, vous adorant lui-même «

Ne pouvoit endurer Qu'un mortel comme nous osât vous adorer.

AGÉNOR

Pour prix de vous avoir suivie.

Nous jouissons ici d'un trépas assez doux.

Qu'avions-nous affaire de vie.

Si nous ne pouvions être à vous?

Nous revoyons ici vos charm.os.

Qu'aucun des deui là-haut u'auroit revus jamais, heureux si nous voyons la moindre de nos larmes Honorer des malheurs que vous nous avez faits'

PSYCHÉ

Puis-je avoir des larmes de reste, après qu'on a porté les miens au dernier point? Unissons uos soupirs dans un sort si funeste;

Les soupirs ne s'épuisent point :

592 PSYCHE

Mais vous soupireriez, princes, pour une ingrafe Vous n'avez point voulu survivre à mes malheurs; Et quelque douleur qui m'abatte , Ce n'est point pour vous que je meurs.

CLÉOMIN!;.

L'avons-nous mérilé, nous dont toute la flamme N'a fait que vous lasser du récit de nos maux'

PSYCHÉ

Vous pouviez mériter, princes, toute nkî;n ame.

Si vous n'eussiez élé rivaux.

Ces qualités incomparables Qui de l'un et de laulre accompagnoient les vœux

Vous rendoient tous deux trop aimables

Pour mépriser aucun des deux.

ACLNOlî.

Vous avez pu, sans être injuste ni cruelle, Nous refuser un cœur réservé pour un dieu. Mais revoyez Vénus. Le Destin nous rappelle , Et nous force à vous dire adieu.

PSYCHÉ

Ne vous donne-t-il point le loisir de me dire Quel est ici votre séjour?

CLÉOMÈNF.-

Dans des bois toujours verts , où 'l'amour on respira

Aussitôt qu'on est mort d'amour.

D'amour on y revit, d'amour on y soupire, Sous les plus douces lois de son heureux empire ; Et l'éternelle nuit n'ose en chasser le jour

Que lui-même il attire

Sur nos fantômes qu'il inspire , Et dont aux enfers même il se fait une cour.

AGÉNOR

Vos envieuses sœurs, après nous descendue»,

Pour vous perdre se sont perdues ;

Et l'une et l'autre tour à tour , Pour le prix d'un conseil qui leur coûte la vie, A côté d'Ixion, à côté de Tylie, Souffrent tantôt la roue, et tantôt le vautour. L'Amour, par les Zéphyrs, s'est fait prompte justice De leur envenimée et jalouse malice ; Ces ministres ailés de soq juste courroui»

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