‹ uvres complètes de MolièreChapitre 309 sur 553 · ACTE V, SCÉ^E · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÉ^E

Sous couleur de les rendre encore auprès de vous. Ont plongé l'une et l'autre au fond d'un précipice i, Où le spectacle affreux de leurs corps déchirés N'étale que le moindre et le premier supplice

De ces conseils dont l'artifice

Fait les maux dont vous soupirez.

PSYCHÉ

Que je les plains!

CLÉOMÈNE

Vous êtes seule à plaindre Mais nous demeurons trop à vous entretenir; Adieu. Puissions-nous vivre en votre souvenir! Puissiez-vous, et bientôt, n'avoir plus rien à craindre? Puisse, et bientôt, l'Amour vous enlever aux.cieux,

Vous y mettre à côté des dieux, Et, rallumant un feu qui ne se puisse éteindre, Affranchir à jamais l'éclat de vos beaux yeus

D'augmenter le jour en ces lieux'

SCÈxNE III. — PSYCHÉ, seul*.

Pauvres amants! Leiu* amour dure encore! Tout morts qu'ils sont, l'un et l'autre m'adore, Moi, dont la dureté reçut si mal leurs vœux!

' cCoroeille, dit M. Saiiil-Marc Girardio, à propos de celte scène, a auisipuDl dans son drame les sœurs de Psyché; mais leur chAliment n'a point avec lenr

crime le rapport infjenieux el moral invpiité par La Fontaine La Fontaine,

qui, en vrai fahiilisle , tient à la moralité de ses hisioires, a voulu punir let deux sœurs de Ipur méchancpte. Il raconte donc qu'ayant appris que l'Amoul avait répudié Psyché, elle> espérèrent iem['larer leur sœur, el allereot sur 1» rocher où Psyché avait clé eolcvi'e par l'Amour: elles n'y trouvèrent, au lien de Zéphyre, pour les transsiorler dans le palais de l'Amour, qu'un grand vent qui les précipita du haut en bas du rocher. Elles descendirent aux enfers, oà Psyché les retrouva quand elle fut forcée d'y discendre, vivante encore, pour aller demander à Proserpine une boiie de fard i c'était une des épreuves qc« 'a colère de Vénus faisait subir à Psyché. Aux enfers, la jalousie faisait le ckit>ment des sœurs de Psyché, comme elle avait fait leur crime t

< Là les sœurs de Psyché, dans l'importune glace

> D'un miroir que sans cesse elles avoient en face,

> Rcvoyoient leur cadette heureuse et dans les bras,

6 Non d'un monstre «-[Trayant, mais d'un dieu plein d'appas.»

» La Fontaine a eu raison de punir les deux envieuses par où elles avaient p^ ché. r.'esl le propre, en effet, de l'envie de se servir à elle-même de bourreau, l'envieux ne peut pas supporter le boubcur d'autrui ; mais psr là eu naème temps il délr'jit le sicD. s

594 PSYCHÉ

Tu n'en fais pas ainsi , toi qui seul m'as ravie , Amant que j'aime encor cent fois plus que ma vis,

Et qui brises de si beaux nœuds!

N(! me fuis plus, et souffre que j'espère Que lu pourras un jour rabaisser l'œil sur moi. Qu'à force de souffrir j'aurai de quoi le plaire,

De quoi me rengager ta foi.

Mais ce que j'ai souffert m'a trop défigurée ,

Pour rappeler un tel espoir.

L'œil abattu , triste , désespérée ,

Languissante et décolorée ,

De quoi puis-je me prévaloir, Si , par quelque miracle impossible à prévoir, Ma beauté qui t'a plu, ne se voit réparée? Je porte ici de quoi la réparer :

Ce trésor de beauté divine Qu'en mes mains pour Vénus a remis Proserpine, Enferane des appas dont je puis m'emparer;

£t l'éclat en doit être extrême ,

Puisque Vénus, la beauté même,

Les demande pour se parer.

En dérober un peu, seroit-ce un si grand crime? Pour plaire aux yeux d'un dieu qui s'est fait mon amant. Pour regagner son cœur et finir mon tourment,

Tout n'est-il pas trop légitime?

Ouvrons. Quelles vapeurs m'offusquent le cerveau? Et que vois-je sortir de cette boîte ouverte? Amour, si ta pitié ne s'oppose à ma perte, Pour ne revivre plus je descends au tombeau.

(Elle s'fivaniuil, et l'Amour descend auprès d'elie en ToUnt.^

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