‹ uvres complètes de MolièreChapitre 33 sur 553 · ACTE II, SCÉiNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÉiNE VI

FROSINE

Comment! vous êtes à ravir, et votre figure est à peindre, ïournez-vous un peu , s'il vous plait II ne se peut pas mieux. Que^je vous voie marcher. Voilà un corps taillé, libre , et dégagé comme il faut , et qui ne marque aucune incommodité.

HARPAGON

Je n'en ai pas de grandes , Dieu merci. Il n'y a que ma fluiion qui me prend de temps en temps.

FROSINE

Cela n'est rien. Votre fluxion ne vous sied point mal , et vous avez grâce à tousser.

Dis-moi un peu : Mariane ne m'a-t-elle point encore vu? N'a-t-elle point pris garde à moi en passant?

FROSINE

Non ; mais nous nous sommes fort entretenues de vous. Je lui ai fait un portrait de votre personne , et je n'ai pas manque de lui vanter votre mérite, et l'avantage que ce lui seroit d'avoir un mari comme vous.

HARPAGON

Tu as bien fait, et je t'en remercie.

FROSINE

J'aurois, monsieur, une petite prière à vous faire. J'ai un procès que je suis sur le point de perdre , faute d'un peu

d'argent (Harpagon prend un air sérieux); et VOUS pourdcz facilement me procurer le gain de ce procès , si vous aviez quelque bonté pour moi. Vous ne sauriez croire le plaisir qu'elle

aura de vous voir. (Harpagon reprend un air gai.) Ah! qUC VOUS lul

plairez, et que votre fraise à l'antique fera sur son esprit un effet admirable! Mais surtout elle sera charmée de votre haut-de-chausses attaché au pourpoint avec des aiguillettes; c'est pour la rendre folle de vous ; et un amant aiguille!^ sera pour elle un ragoût merveilleux.

HARPAGON

Certes, tu me ravis de me dire cela.

FROSINE

En vérilé , monsieur, ce procès m'est d'une conséquence

tout à fait grande. (Harpagon reprend son air sérieux.) Je Suis ruinée

si je le perds; et quelque petite assistance me rélabliioit mes affaires. Je voudrois que vous eussie? vu le ravissement

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où elle étoit à m'entendre parler de vous. (Harpason reprend mm M gai.) La joie éclatoit dans ses yeux au récit de vos qualités , et je l'ai mise enfin dans une impatience extrême de voir ce mariage entièrement conclu.

HARPAGON

Tu m'as fait grand plaisir, Frosine , et je t'en ai , je te i'avoue, toutes les obligations du monde.

V FROSINE

Je vous prie , monsieur, de me donner le petit secours

que je vous demande. (Harpagon reprend encore un air sérieux i Cela

me remettra sur pied^ et ie vous en serai éternellement obligée.

HARPAGON

Adieu. Je vais achever mes dépêches.

FROSINE

Je vous assure, monsieur, que vous ne sauriez jamais me soulager dans un plus grand besoin.

HARPAGON

Je mettrai ordre que mon carrosse soit tout prêt pour vous mener à la foire.

FROSINE

Je ne vous importunerois pas si je ne m'y iroyois forcée par la nécessité.

HARPAGON

Et j'aurai soin qu'on soupe de bonne heure, pour ne vous point faire malades.

Ne me refusez pas la grâce dont je vous sollicite. Vous ne sauriez croire, monsieur, le plaisir que..

HARPAGON

Je m'en vais. Voilà qu'on m'appelle. Jusqu'à tantôt

FROSINE, seule.

Que la fièvre te serre, chien de vilain, à tous les diables ! Le ladre a été ferme à toutes mes attaques ; mais il ne me faut pas pourtant quitter la négociation ; et j'ai l'autre côlë, en tout cas , d'où je suis assurée de tirer bonne récom- Ijeuse.

FIN DU SeCON» ACTE.

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