‹ uvres complètes de MolièreChapitre 348 sur 553 · ACTE II, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VIII

ce puis souffrir, et je Tiens de consulter des avocats pour le faire casser.

SCAPIN

Ma foi, monsieur, si vous m'en croyez, vous tâcherez, par quelque autre voie, d'accommoder l'affaire. Vous save» ce que c'est que les procès en ce pays-ci, et vous dll&z vous enfoncer dans d'étranges épines.

AR6ANTE

Tu as raison, je le vois bien. Mais quelle autre voie?

SCAPIN

Je pense que j'en ai trouvé une*. La compassion que m'a donnée tantôt ^otre chagrin m'a obligé à cherctier dans ma tête quelque moyen pour vous tirer d'inquiétude ; car je ne saurois voir d'honnêtes pères chagrinés par leurs enfants, que cela ne m'émeuve; et, de tout temps, je me suis senti pour votre personne une inclination particulière.

ARGANTE

Je te suis obligé.

SCAPIN

J'ai donc été trouver le frère de cette fille qui a été épousée. C'est un de ces braves de profession , de ce» gens qui sont tout coups d'épée, qui ne parlent que d'échiner, et ne font non plus de conscience de tuer un homme que d'avaler un verre de vin. Je l'ai mis sur ce mariage, lui ai fait voir quelle facilité offroit la raison de la violence pour le faire casser, vos prérogatives du nom de père, et l'appui que vous donneroient auprès de la justice, et votre droit, et votre argent, et vos amis. Enfin, je l'ai tant tourné de tous les côtés, qu'il a prélé l'oreille aux propositions que je lui a; faites d'ajuster l'affaire pour quelque somme; et il donnera son consentement à rompre le mariage, pourvu que vous lui donniez de l'argent.

ARGANTE

Et qu'a-t-il demandé ?

SCAPIN

Oh ! d'abord des choses par-dessus les maisons.

ARGANTE

Et quoi?

' DaDsTéreoce,Gétailitde même à Chrêmes :< En réfléchissant avec aucalMB i votre malheur, je crois en vénlé avoir trouve .'e moven d'y remédier. >

Des choses extravagantes.

ARGANTE

Mais encore?

SCAPIN

n ne parloît pas moins de cinq ou six cents pistoles.

ARGANTE

Cinq ou six cents fièvres quartaines qui le puissent serrer ! Se moque-t-il des gens?

SCAPIN

C'est ce que je lui ai dit. J'ai rejeté bien loin de pareilles propositions, et je lui ai bien fait entendre que vous n'étiez point une dupe, pour vous demander des cinq ou six cents pistoles. Enfin , après plusieurs discours , voici où s'est réduit le résultat de notre conférence. Nous voilà au temps, m'a-t-il dit , que je dois partir pour l'armée ; je suis après à m'équiper, et le besoin que j'ai de quelque argent me fait consentir, malgré moi, à ce qu'on me propose. Il me faut un cheval de service , et je n'en saurois avoir un qui •oit tant soit peu raisonnable», à moins de soixante pistole».

ARGANTE

Hé bien! pour soixante pistoles, je les donne.

SCAPIN

Il faudra les harnois et les pistolets; et cela ira bien à vingt pistoles encore.

■ ARGANTE

Vingt pistoles et soixante, ce seroit quatre-vingts.

SGVPIN.

Justement

C'est beaucoup; mais, soit; je consens à cela.

SCAPIN

II lui faut aussi un cheval pour monter son valet, qui coûtera bien trente pistoles.

ARGANTE

Comment, diantre! Qu'il se promène, il n'aura rien du tout.

SCAPIN

Monsieur!

ARGANTE

Non • c'est un impertinent.

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