‹ uvres complètes de MolièreChapitre 376 sur 553 · SCENE I. .i · texte numérisé non relu

SCENE I. .i

LE VICOMTE

Je stYois ici i! y a une iieure, s'il n'y avoit point de fâebeux au monde; el j'ai clé airèlé ou thciiiin par un vieux impoilun de qualité, qui m'a demandé tout exprès des nouvelles de la cour, pour trouver moyen de m'en dire des plus extravagantes qu'on puisse débiter; et c'est là, comme vous savez, le iléau des petites villes, que ces grands nouvellistes cu\ cherchent partout où répandre les contes qu'ils ramassent. Lciui-ci m'a montré d'nhorrl deux feuilles de pnpier, pleines jusques aux bords d'un grand fatras de balivernes, qui viennent, m'a-t-il dit, de l'endroit le plus sûr du monde. Ensuite, comme d'une chose fort curieuse, il m'a fait avec grand mystère une fatigante lecture de toutes les méchantes plaisanteries de la gazette de Hollande, « dont il épouse les intérêts». Il tient que la France est battue en ruine par la plume de cet écrivain, et qu'il ne faut que ce bel esprit pour défaire toutes nos troupes ; et de là s'est jeté à corps perdu dans le raisonnement du ministère , dont il remarque tous les défauts, et d'où j'ai cm qu'il ne sortiroit point. A l'eatendre parler, il sait les secrets du cabinet mieux que ceux qui les font. La politique de l'État lui laisse voir tous ses desseins; et elle ne fait pas un pas dont il ne pénètre les intentions. II nous apprend les ressorts cachés de tout ce qui se fait, nous découvre les vues de la prudence de nos voisins, et remue, à sa fantaisie, toutes les affaires de l'Europe. Ses intelligences même s'étendent jusques en Afrique et en Asie; et il est informé de tout ce qui s'agite dans le conseil d'en haut du Prêtre-Jean ^ et du grand Mogol.

JULIE

Vous parez votre excuse du mieux que vous pouvez, afin

* Molière semble n'avoir tracé le portrait du nouvelliite que pour se Jooner i* plaisir de châtier le gazcticr iosoleol des Provinces-Unie». Depuis la paix lignée à Aix-la-Chapelle en 1668, ce gazetier ne cessait d'innprimer les chose* le» plus injurieuses pour Louis XIV et pour la nation frauçaise. Un an aprét la repré» »entatioD de la Comtesse d'Escmrbagnat, Louis XIV fit la conquête de la Hollande. • (Bret.)

'On lit Prêtre-Jean dans les édition» moilerne». Nous suivons celles qui ont été donnée» du vivant de Molière.

On appela d"al)ord Prêtre-Jean, un prince tartare qui combattit Gengis. De» ïeligieiix envoyés près de lui prétendirent qu'ils l'avaient converti, l'avaienl nommé Jean au b^piêmo. et même lui avaieni couféré le sacerdoce; de là cette qualilication de Préire-Ji-nn, rjui est iIovimum- depuis, on ne sait pourquoi, cella d'un prince nègre, me iiie chitlien schi=niaiique, et moitié juif. C'est de ce det- •ier qu'il est question ici, (Auger.)

d<i la rendre agréable, et faire qu'elle soit plus aisémenJ reçue.

LE VICOMTE

C'est là, belle Julie, la véritable cause de mon retardement ; et, si je voulcis y donner une excuse galante , je n'aurois qu'à vous dire que le rendez-vous que vous voulei"prendre peut autoriser la paresse dont vous me querellez; que m'engager à faire l'amant de la maîtresse du logis, c'est me mettre ea état de craindre de me trouver ici le premier; que cette feinte où je me force n'étant que pour vous plaire, j'ai lieu de ne vouloir en souffrir la contrainte que devant les yeux qui s'en divertissent ; que j'évite le téte-à-téte avec cette comtesse ridicule dont vous m'embarrassez; et, en uq mot, que, ne venant ici que pour vous, j'ai toutes les rai- •ODS du monde d'attendre que vous y soyez.

JULIE. t

Nous savons bien que vous ne manquerez jamais d'esprit pour donner de belles couleurs aux fautes que vous pourrez faire. Cependant, si vous étiez venu une demi-heure plus tôt, nous aurions profité de tous ces moments ; car j'ai trouvé en arrivant que la comtesse étoit sortie, et je ne doute point qu'elle ne soit allée par la ville se faire bon neur de la comédie que vout Tie donnez sous son nom.

LE VICOMTE

Mais tout de bon, madame, quand voulez-vous mettre fin à cette contrainte, et me faire moins acheter le bonheur de vous voir ?

JULIE

Quand nos parents pourront être d'accord ; ce que je n'ose espérer. Vous savez, comme moi, que les démêlés de nos deux familles ne nous permettent point de nous voir «utre part, et que mes frères, non plus que votre père, m sont pas assez raisonnables pour souffrir notre attachement,

LE VICOMTE

Mais pourquoi ne pas mieux jouir du rendez-vous que leur inimitié nous laisse, et me contraindre à perdre en une sotte feinte les moments que j'ai près de vous?

JULIE

Pour mieux cacher notre amour ; et puis , à vous dire la térilé, cette feinte dont vous parlez m'est une comédie fort agréable i et ie ne sais si celle que vous nous donnez au-

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