‹ uvres complètes de MolièreChapitre 377 sur 553 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

jourd'hui ive divertira davantage. Notre comtesse d'Escarbagnas , avec son perpétuel entêtement de qualité , est un aussi bon personnage qu'on en puisse mettre sur le théâtre. Le petit voyage qu'elle a fait à Paris l'a ramenée dans Angouléme plus achevée qu'elle n'étoit. L'approche de l'air de la cour a donné à son ridicule de nouveaux agréments, ol sa sottise tous les jours ne fait que croître et embellir.

LE VICOMTE

Oui; mais vous ne considérez pas que le pu qui vous -li vertit tient mon cœur au supplice, et qu'on n'est poiat capable de se jouer longtemps , lorsqu'on a dans l'esprit une passion aussi sérieuse que celle que je sens pour vous. 11 est cruel, belle Julie, que cet amusement dérobe à mon amour un temps qu'il voudroit employer à vous expliquer son ardeur ; et, cette nuit, j'ai fait là-dessus quelques vers, que je ne puis m'empécher de vous réciter sans que vous me le demandiez, tant la démangeaison de dire ses ouvrages est un vice attaché à la qualité de poëte !

C'est trop longtemps, Iris, me mettre i la torture;

Iris, comme vous le voyez, est mis là pour Julie.

ccst trnp loDgiemps, Iris, me mettre à la torlure, Et, si je SUIS vos lois, ie les blâme tout bas De me forcer a taire un tourment que j'endure, Pour déclarer un mal que je ne resseos pas.

Faut-il que vos beaux yeux, à qui je rends les armes, Teuilleot se divertir de mes tristes soupirs? Et n'est-ce pas assez de souffrir pour vos charmes, Sans me faire souffrir encor pour vos plaisirs?

C'en est trop à la fois que ce double marlyre; Et ce qu'il me faut taire et ce qu'il me tdut diit jerce sur mon cœur pareille cruauté.

^'amour le met en feu, la contrainte le tue; 2l, SI par la pilié vous n'êtes comhallue, Je meurt et de la feinte et de 'a Tenté.

JULIE

Je vois que vous vous faites là bien plus maltraité que TOUS n'êtes ; mais c'est une licence que prennent messieurs les poètes, de mentir de gaieté de cœur, et de donner leur» maîtresses des cruautés ou'eUss n'ont pas , pour s'ao

commoJer aux pensées qui leur peuvent venir. Cependvit je serai bien aise que vous me donniez ces vers par écril

LE VICOMTE

C'est assez de vous les avoir dits , et je dois en demeure! là. Il est permis d'être parfois assez fou pour faire des vers, mais non pour vouloir qu'ils soient vus.

JULIE

C'est en vain que vous vous retranchez sur une fausse modestie; on sait dans le monde que vous avez de l'esprit; et je ne vois pas la raison qui vous oblige à cacher les vôtres

LE VICOMTE

Mon Dieu! madame, marchons là-dessus, s'il vous plaît, avec beaucoup de retenue ; il est dangereux dans le monde de se mêler d'avoir de l'esprit. Il y a là-dedans un certain vidicule qu'il est facile d'attraper, et nous avons de nos amis qui me font craindre leur exemple.

JLLIE.

Mon Dieu! Cléante, vous avez beau dire; je vois avec tout cela que vous mourez d'envie de me les donner; et je vous embarrasserois, si je faisois semblant de ne m'en pas soucier.

LE VICOMTE

Moi, madame? vous vous moquez; et je ne suis pas si poète que vous pourriez bien croire, pour... Mais voici votre madame la comtesse d'Escarbagnas. Je sors par l'autre porte pour ne la point trouver , et vais disposer tout mon monde au divertissement que je vous ai promis.

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