‹ uvres complètes de MolièreChapitre 406 sur 553 · SCÈNE IV. — BÉLÏSE, CLITANDRE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — BÉLÏSE, CLITANDRE

CLITANDRE

Souffrez, pour vous parler, madame, qu'un amant Prenne l'occasion de cet heureux moment, Et se découvre à vous de la sincère flamme...

Ah! tout beau : gardez-vous de m'ouvrir trop votre ame. Si je vous ai su mettre au rang de mes amants. Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements , El :ie m'expliquez point , par un autre langage , Des désirs qui , chez moi , passent pour un outrage. Aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas; Mils qu'il me soit permis de ne le savoir pas. Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes» Tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes; Mais, si la bouche vient à s'en vouloir mêler,

■ A cptie époque, les galeries dn Palais de Justice offraient le spectacle aaim^ que préseote aujourd'hui le Palais-Royal. Cotait le rendez-vous à la mode. Gor- •eille a Tait une comédie en ciaq actes sous le titre de Galerie du Palais.

[Aimé Martin.;!

SCEN , l'oor jamais ae ma vue il vous faut exiler,

CLITANDRE

Des projets de mon cœur ne prenez point d'alarme. Heniielle, madame, est l'objet qui me charme; Et je viens ardemment conjurer vos bontés De seconder l'amour que j'ai pour ses beautés.

KLI.ISE.

Ah! certes, le détour est d'esprit, je l'avoue : Ce subtil faux-fuyant mérite qu'on le loue; Et, dans tous les romans où j'ai jeté les yeuii, Je n'ai rien rencontré de plus ingénieux.

CLITANDUE.

Ceci n'est point du tout un trait d'esprit, madame; Et t est un pur aveu de ce que j'ai dans l'ame. Les cieux , par les liens d'une immuable ardeur, Aux beautés d'Henriette ont attaché mon cœur; Henriette me tient sous son aimable empire, Et l'hymen d'Henriette est le bien où j'aspire Vous y pouvez beaucoup- et tout ce que je veux. C'est que vous y daip':;^- avoriser mes vœux.

Je vois où doucem».'j; "^ut aller la demande.

Et je sais sous ce norr. ce qu'il faut que j'entende

La tigure est adroite ; et , pour n'en point sortir,

Aux choses que mon cœur m'offre à vous, repartir.

Je dirai qu'Henriette à Ihymen est rebelle,

Et que, sans rien prétendre, il faut brûler pour ella,

CLITANDRE

Eh! madame, à quoi bon un pareil embarras? Et pourquoi voulez-vous censer ce qui n'est pas?

CÉLISE.

Mon Dieu! point de façons. Cessez de vous défendre De ce que vos regards m'ont souvent fait entendre. H suffit que l'on est contente du détour Dont s'est adroitement avisé votre amour, Et que , sous la figure où le respect l'engage , On veut bien se résoudre à souffrir son hommage. Pourvu que ses transports, par l'honneur éclairé» ç N'offrent à mes autels que des vœux épurés.

CLITANDRE

Mais...

5i6 LES KE.MMES SAVAMES.

BÉLISE

Adieu. Pour ce coup, ceci doit vous suffire, Et je vous ai plus dit que je ne voulois dire.

CLITA>'DRE.

Mais voire erreur...

BÉLISE

Laissez. Je rougis maintenant, Et ma pudeur s'est fait un effort surprenant,

CLITANDRE

ie veux être pendu, si je vous aime; et sage...

BÉUSE.

Non, non, je ne veux rien entendre davantage'. SCÈNE V. - CLITANDUE, seul.

Diantre soit de la folle avec ses visions!

A-l-on rien vu d'égal à ses préventions?

Allons commettre un autre au soin que l'on me donne ,

Et prenons le secours d'une sage personne

' Ce passage est imité des Visionnaires de Desmarest, Hespérie a va Phalante s'entretenir avec Mélispe, sa «oeur, Hespérie lui dema;'.de 1» tojet de leur eûtretien.

Ma sœur, dites le vrai; qv.e vous disait Phalante?

MEIISSE.

11 me parloit d'amour.

Page 1