SCÈNE I. — PHILAMINTE, ARMAND
ARMANDE
<hii, rien n'a retenu son esprit en balance; Elle a fait vanité de son obéissance; Son cœur, pour se livrer, à peine devant moi S'est-il donné le temps d'en recevoir la loi , Et sembloit suivre moins les volontés d'un pèr« Qu'affecter de braver les ordres d'une mère.
nilLAMINTE.
Je lui montrerai bien aux lois de qui des deux Les droits de la raison soumettent tous ses \œu» Et qui doit gouverner, ou sa more ou son père, Ou l'esprit ou le corps, la forme ou la matière.
ARMANDE
Ou vous en devoit bien, au moins, un compliment;
Et ce petit monsieur en use étrangement
De vouloir, malgré vous , devenir votre gendre.
PHH.AMINTE.
Il n'en est pas encore où son coeur peut prétendn^ Je le trouvois bien fait, et j'aimois vos amours; Mais, dans ses procédés, il m'a déplu toujours. Il sait que, Dieu merci, je me mêle d'écrire; Et jamais il ne m'a prié de lui rien lire.
SCÈNE II. — CLITANDRE , enlram doucement, et écouual sans se iDontre.; AU51ANDE, PHILAMINTE.
ARMANDE
Je ne souffrirois point, si j'étois que de vous,
Que jamais d'Henriette il put être l'époux.
On me feroit grand tort d'avoir quelque pensé©
Que là-dessus je parle en fille inléressée ;
Et que le lâche tour que l'on voit qu'il me fait
Jette au fond de mon cœur quelque dépit secret.
Contre de pareils coups l'anie se fortifie
Du solide secours de la philosophie,
Et par elle on se peut mettre au-dessus de tout;
Mais vous traiter ainsi, c'est vous pousser à bout.
Il est de votre honneur d'être à ses vœux contraire;
Et c'est un homme enfin qui ne doit point vous plaire.
Jamais je n'ai connu, discourant entre nous.
Qu'il eût au fond du cœur de l'estime pour voua.
PHILAMINTE
Petit sot!
ARMANDE
Quelque bruit que votre gloire fasse , Toujours à vous louer il a paiu de glace.
PHÏLAMIME.
Le brutal!
ACTi: IV, SCENE II. 537
Al'.MANDE.
Eî v'ngl fois, comme ouvrages nouveaux,. J'ai Su des \eis de vous quil n'a point trouvés beaux.
nilLAMINTE.
L'importineiil!
ARMANPE.
Souvent nous en étions aux prises; Et vous ne croiriez point de combien de sottises...
OLITAINDUE , a Aimnn.le.
Hé ! doucement , de grâce. Un peu de cbarité , Madame, ou, tout au moins, un peu d'bonnêteté. Quel mal vous ai-je fait? et quelle est mon offense. Pour armer contre moi toute votre éloquence, Pour vouloir me détruire, et prendre tant de soin De me rendre odieux aux gens dont j'ai besoin? Parlez, dites, d'où vient ce courroux effroyable? Je veux bien que madame en soit juge équitable.
ARnA>DE.
Si j'avois le courroux dont oa veut m'accuser. Je trouverois assez de quoi l'autoriser. Vous en seriez trop digne; et les premières namr^[^ S'établissent des droits si sacrés sur les âmes. Qu'il faut perdre fortune, et renoncer au jour, Plutôt que de brûler des feux d'un autre amour. Au cbangcinent de vœux nulle borreur ne s'égale; Et tout cœur infidèle est un monstre eu morale.
CUTANDHE.
Appelez-vous , madame , une infidélité
Ce que m'a de votre ame ordonné la fierté?
Je ne fais qu'obéir aux lois qu'elle m'impose,
Et, si je vous offense, elle seule en est cause.
Vos charmes ont d'abord possédé tout mon cour.
Il a brûlé deux ans d'une constante ardeur ;
U nest soins empressés, devoirs, respects, services,
Dont il ne vous ait fait d'amouieux sacrifices.
Tous mes feux, tous nies soins ne peuvent rien sur vous
Je vous trouve contraire à mes vœux les plus doux :
Ce que vous refusez, je l'offre au choix d'une autre.
Voyez. Est-ce, madame, ou ma faute, ou la vôtre?
Mon cœur court-il au change, ou si vous l'y poussez?
Est-ce moi qui vous quitte, ou vous qui me chassez?
3o8 LES lEMMKS SAVA^iTES.
ARMASSE.
Appelez-vous, monsieur, être à vos voeux contraire.
Que do leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire,
Et vouloir les réduire à celte pureté
Où du parfait amour consiste la beauté?
Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée
Du commerce des sens nette et débarrassée ;
Et vous ne goûtez point, dans ses plus doux appas,
Celte union des cœurs, où les corps n'entrent pas.
Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière.
Qu'avec tout l'attirail des nœuds de la matière;
Et, pour nourrir les feas que chez vous on produit,
Il faut un mariage, et tout ce qui s'ensuit.
Ah ! quel étrange amour ! et que les belles âmes
Sont bien loin de brûler de ces terrestres llammeg!
Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeur»;
Et ce beau feu ne veut marier que les cœurs.
Comme une chose indigne, il laisse là le reste j
C'est un feu pur et net comme le feu céleste :
On ne pousse avec lui que d'honnêtes soupirs,
Et l'on ne penche point vers les sales désirs.
Rien d'impur ne so mêle au but qu'on se propose ;
On aime pour aimer, et non pour autre chose;
Ce n'est qu'à l'esprit seul que vont tous les transports.
Et l'on ne s'aperçoit jamais qu'on ait un corps.
CLITANDRE
Pour moi, par un malheur, je m'aperçois, madame,
Que j'ai, ne vous déplaise, un corps tout comme une ame
Je sens qu'il y tient trop pour le laisser à part :
De ces détachements je ne connois point l'art;
Le ciel m'a dénié celte philosophie,
Et mon ame et mon corps marchent de compagnie.
Il n'est rien de plus beau, comme vous avez dit,
Que ces vœux épurég qui ne vont qu'à l'esprit.
Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées.
Du commerce des sens si bien débarrassées;
Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés :
Je suis un peu grossier, comme vous m'accusez ;
J'aime avec tout moi-même, et l'amour qu'on me donne
En veut, je le confesse, à toute la personne.
Ce n'est pas là matière à de grands châtiments j