‹ uvres complètes de MolièreChapitre 446 sur 553 · ACTE V. SCENE ï. 5Ù · texte numérisé non relu

ACTE V. SCENE ï. 5Ù

ile livrera ce cœur que possôrfe Cfltandre;

Et, par mille doux soins, j'ai lieu de présumer

Que je pourrai trouver l'art de me faire aimer.

HENUIETTE.

Non : à ses premiers vœux mon ame est attachée

Et ne peut de vos soins, monsieur, être touchée.

Avec vous librement j'ose ici m'expliquer,

Et mon aveu n'a rien qui vous doive choquer.

Cette amoureuse ardeur, qui dans les cœurs s'excite ,

N'est point, comme l'on sait, un effet du mérite :

Le caprice y prend part; et, quand quelqu'un nous plaît,

Souvent nous avons peine à dire pourquoi c'est.

Si l'on aimoit, monsieur, par choix et par sagesse,

Vous auriez tout mon cœur et toute ma tendresse ;

Slais on voit que l'amour se gouverne autrement.

Laissez-moi , je vous prie , à mon aveuglement ,

Et ne vous servez point de celte violence

Que , pour vous , on veut faire à mon obéissance.

Quand on est honnête homme , on ne veut rien devoir

A ce que des parents ont sur nous de pouvoir :

On répugne à se faire immoler ce qu'on aime,

Et l'on veut n'obtenir un cœur que de lui-même.

Ne poussez point ma mère à vouloir, par son dioix.

Exercer sur mes vœux la rigueur de ses droits.

Otez-moi votre amour, et portez à quelque auli e

Les hommages d'un cœur aussi cher que le vôlie.

TRISSOTIN

Le moyen que ce cœur puisse vous contenter?

Imposez-lui des lois qu'il puisse exécuter.

De ne vous point aimer peut-il être capable,

A moins que vous cessiez, madame, d'être aimable,

Et d'étaler aux yeux les célestes appât...?

HENRIETTE

Eh! monsieur, laissons là ce galimatias.

Vous ave/ tant d'Iris, de Philis, d'Amarantes S

Que partout dans vos vers vous peignez si charmantes.

Et pour qui vous jurez tant d'amoureuse ardeur...

'Coiiu a*an eu vSd cbante, sous le Dom d'Iris, de Philis, d'Amarante, les plis grandes dames de la cour; ei ces dames imagiuaieat , de la meilleure foi da monde, que rien n'élail ^'lus galant que le stjle de Cotin. (.limé Harlin.)

TRISSOTIN

C'est mon esprit qui parle, et ce n'est pas mon cœur. D'elles on ne me voit amoureux qu'en poëte, Mais j'aime tout de bon l'adorable Henriette.

HENRIETTE

Flî! de grâce, monsieur...

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