‹ uvres complètes de MolièreChapitre 455 sur 553 · COMÉDIE-BALLET EN TROIS ACTES · texte numérisé non relu

COMÉDIE-BALLET EN TROIS ACTES

un.

Voltaire a dit du Malade imaginaire : « C'est une de ces farces de Molière dans laquelle on trouve beaucoup de scènes dig-nes de 11 haute comédie.» Geoffroy a dit à son tour avec beaucoup de riison, en répondant à Voltaire : « Il faut retourner ce jugement. Le Malade imaginaire n'est point une farce, c'est une excelle iite comédie de caractère, où l'on trouve, à la vérité, quelques scènes qui se rapprochent de la farce; et même, si la pièce était jouée décemment et sans charge, comme elle doit l'être, il n'y aurait qu'une scène de farce, celle du déguisement de Toinette en médecin. Dans cette pièce, qu'on voudrait flétrir du nom de farce, on voit combien l'amour désordtjnné de la vie est destructeur de toute vertu morale. Argan, voué à la médecine, esclave de M.Purgon, est aussi un époux sot et dupe, un père injuste, un homme dur, égoïste, colère. Avec quelle énergie et quelle vérité l'auteur trace le tableau des caresses perfides d'une belle-mère qui abuse de la faiblesse d'un imbécile mari pour dépouiller les enfants du nreimer lit ! Quelle décence > quelle raison! quelle fermeté dans le caractère d'AngéUque ! Cette comédie est l'image fidèle de ce qui se passe dans un grand nombre de familles. Ëntin l'auteur a osé y attaquer un des préjugés les plus universels et les plus anciens de la société, il a osé y combattre les deux passions qui font le plus de dupes, la crainte de la mort et l'amour de la vie : il a bien pu les persifler, mais, hélas! il était au-dessus de son art de les détruire. Les usages qui ont leur force dans la faiblesse humaine, bravent tous les traits du ridicule. Molière, il faut bien l'avouer n'a point corrigé les hommes de la médecine, mais il a corrigé les médecins de leur ignorance et de leur barbarie. Les repré- >cntations du Malade imaginaire ne diminuèrent pas le crédit d«8

médocins de la cour : niadiinie de Maintcnon n'en eut pas moins de respect pour ia Faculté; le sévère Fagon, dig-ne émule d« Purgon, n'en purgea pas moins Louis XIV toutes les semaines' les jours de médecine du monarque n'en furent pas moins de, jom's solennels, des jours d'étiquette ; et les écoles de médecine continuèrent longtemps à retentir des arguments des Diafoirus.»

« On sait, dit encore Geoffroy, que le Malade imaginaire est la dernière pièce de Molière. Cette pièce, qu'on a coutume de donner dans le carnaval, est en elle-même un peu lugubre et rappelle une grande perte. Quand Molière joua le rôle du Malade imaginaire, il était lui-même attaqué d'une maladie trèsréelle. Depuis un an, il s'était réconcilié avec sa femme. La réconciliation d'un mari amoureux et jaloux avec une femme vive et coquette s'accorde mal avec le régime du laii. Molière oublia qui! avait une poitrine, pour se souvenir qu'il avait un cœur ; mais il éprouva que le plaisir n'est pas si sain que le bonheur. Pour maintenir la bonne intelligence avec une femme très-difficile à vivre, il fit des sacrifices qui augmentèrent considérablement sa toux. La mort sembla vouloir venger ses fidèles médecins, plus vivement attaqués dans le Malade imaginaire que dans aucime autre maladie. »

Molière, en composant le Malade imaginaire, avait eu l'intention de « délasser le roi ile ses nobles travaux, car on était au retour de la première campagne de Hollande, signalée par de nombreux triomphes. » La pièce, par des motifs qui ne sont pas connus, ne fut point représentée devant la cour, et elle fut donnée pour la première fois au public le 10 février 1673, le vendredi avant le dimanche g' as. « Le jour de la quatrième représentation, le 17 du même mois, Molière, qui remj)lissait le rôle d'Argan, dit M. Taschereau, se sentit plus malade que de coutimie. Baron et tous ceux qui l'entouraient le sollicitèrent en vain de ne pas jouer : « Comment voulez-vous que je fasse? » leur répondit-il ; il y a cinquante pauvres ouvriers qui n'ont » que leur journée pour vivre, que feront-ils si je ne joue pas? » je me reprocherais d'avoir négligé de leur donner du pain un • seul jour, le pouvant absolument. » Il fut convenu seulement que la représentation aurait lieu à quatre heures précises. Sa fluxion le fit si cruellement souffrir qu'il lui fallut faire de grands efforts intérieurs pour achever son rôle. Dans la cérémonie, au moment où il prononça le mot juro, il lui prit une convulsion qui put être aperçue par quelques spectateurs, et qu'il essaya aussitôt de déguiser par un rire forcé. La représentation ne fut pas interrompue; mais immédiatement après ses pniteurs le transportèrent chez lui, me de Richelieu. Là, sa toux le reprit avec une telle violence, qu'un des vaisseaux de sa poitrine se rompit. » Il mourut suffoqué par le sang.

Le Malade imaginaùe appartient, quant au fond, entièrement à Molière ; mais les commentateurs ont indiqué, comme ayant fourni au poète le canevas de plusieurs scènes : 1° la pièce italienne, Arlechino mcdico volante; S» le Mari malade; 3» Boniface ou le Pédant, pièce italienne, déjà imitée dans le Mariage forcé, qui avait aussi fourni à La Fontaine le conte du Paysan qui a offensé ton êe:gneur. Si l'on en croit le témoignage d'un contemporain, ueorges Backer, qui publia à Bruxelles, en 1694, une édition des œuvres de notre auteur, les médecins auraient fait des démarclies très-actives auprès de Louis XIV pour empêcher l'impression de la pièce.

PERSONNAGES DE LA COMEDIE

AR6AN, malade imaginaire. Il est \êtu en malade *. De gros bas, des mule«, un baiit-de-chausse éiroit, une camisole rouge avec quelque gaioo on di-Dlelle; un mouchoir de COD à vieux pastemeots, négligemnieut attaché; un bonnci île nuit ïtcc la coiBe à dentelle '.

BÉLINE, seconde femme d'ArgaD.

ANGÉLIQUE, fille d'Argan et amante de Cléante '.

lOtJISON, pelile-fille d'Argan, et sœur d'Angélique '.

BÉRALDE, frère d'Argan. En habit de cavalier modeste.

CLÉANTE, amant d'Angélique. 11 est \êtu galamment et en «mourenx '.

MONSIEUR DIAFOIRUS, médecin.

THOMAS DIAFOIRUS, son fils, ei amant d'Angélique».

HO.N'SlEUB PURGOX, médecin d'Argan. Ces trois personnage* sont vètui de noir, et en habit orilinaire de médecin, excepte Thomas Diafoiroi, dont l'habit a un long collet uni ; ses cheveux sont longs et plats, son masteau passe ses genoux, et il porte une mine tout à fait niaise.

■ONSIEUR FLEURANT, apothicaire. Il est aussi vêtu de noir, ou de gril brun, avec une courte serviette devant loi, et une seringne i la mais Il est sans chapeaij,

MONSIEUR BONNEFOI, noUira.

TOINETTE, servante'.

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