‹ uvres complètes de MolièreChapitre 499 sur 553 · ACTE II, SCENE VL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VL

MONSIEUR DlAFOir.DS.

De même qu'en toute autre,

ARGAN

De vous faire connuilro, monsieur,

MONSIEUR DIAF0IRU5.

Nous serons toujours prêts, monsieu?,

ARGAN

Qu'il est tout à votre service.

MONSIEUR OUFOIRCS

A vous témoigner notre zèle. (A soo As.) Allons, Thomas, «\ancez. Faites vos compliments.

THOMAS DIAFOIRUS, ,à monsu ur Dialoirus '.

N'est-ce pas par le père qu'il convient commencer?

MONSIEUR DIAFOIRUS

Oui.

THOMAS DIAFOIRUS, à Argan.

Monsieur, je viens saluer, reconnoître, chérir et révérer en vous un second père, mais un second père auquel j'ose dire que je me trouve plus redevable qu'au premier. Le premier m'a engendré; mais vous m'avez choisi. Il m'a reçu par nécessité ; mais vous m'avez accepté par grâce 2. Ce que je tiens de lui est un ou^rage de son corps; mais ce que je tiens de vous est un ouvrage de votre volonté; et d'autant plus que les facultés spirituelles sont au-dessus des corporelles, d'autant plus je vous dois, et d'autant plus je tiens précieuse cette future filiation, dont je viens aujourd'hui vous rendre, par avance, les très humbles et très respectueux hommages.

toin'ette.

Vivent les collèges d'où l'on sort si habile homme!

THOMAS DIAFOIRLS, à momieur Diafoirus.

Cela a-t-il bien été, mou père?

' Ici l'editiOD originale place ceUe indication : « Thomas Diafoirus ett ua grand benèl, nouvellement sorti des écoles, qui fait toutes clioses de mauvaise grâce el i conlre-temps. >

' Tliomas Diafoirus connaît ses auteurs, el il les mot à contribution. Ce déhut (le son complinieul à Argan semble imité d'un passage du dicouis de Cicérou, Ad Quirites, post reddilum : « A pareiilitius, id quod necesse erat, parvns suja prncreatus :a vobis natus sum consular'3. Illi milii fratrem rncogniUim, (jualisfuturufos«"t (i<vîçrvDt ; vos speçtslvra at 2cr?<i;b;!i pien'.ecog3;î'-m reddidistis. »

(Auger.)

MONSIF.UM DIAFOIUUS.

Optime.

ARGAN, à Angélique.

Allons, saluez monsieur,

THOMAS DIAFOIRUS , à monsieur Diaioiius.

Baiserai-je*?

MONSIEUR DIAFOIRDS.

Oui, oui.

THOMAS DIAFOIRCS, à Angélique.

Madame, c'est avec justice que le ciel vous a concédé le noïn de belle-mère, puisque l'on ..

ARGAN, à Thomas Diafoirus.

Ce n'est pas ma femme, c'est ma fille à qui vous partez.

THOMAS DIAFOIRUS

Où donc est-elle ?

ARGAN

Elle va venir.

THOMAS DIAFOIRUS

Attendrai-je, mon père, qu'elle soit venue?

MONSIEIR DIAFOIRUS.

Faites toujours le compliment de mademoiselle.

THOMAS DIAFOIRUS

Mademoiselle, ne plus ne moins que la statue de Memnon rendoit un son harmonieux, lorsqu'elle venoit à être éclairée des rayons du soleil, tout de même me sens-je anipé d'un doux transport à l'apparition du soleil de vos beautés^; et, comme les naturalistes remarquent que la Heur nommée héliotrope tourne sans cesse vers cet astre du jour, aussi mou cœur dores-en-avant tcurnera-t-il toujours vers les astres resplendissants de vos yeux adorables, ainsi que vers son pôle unique. Souffrez donc, mademoiselle, que j'appende aujourd'hui à l'autel de vos charmes l'offrande de ce cœur

' Les auteurs de V Histoire du Théâtre français ont trouvé, dans les legistrea de Molière, les titres de diiïérenics farces aitribiiées a Molière. Le grand Benél de fils, joué en 1664, leur parait être le niudèle d'après lequel il a fait son rôle de Thomas Dialoirus. En effet, le baiserai-je? et quelques autres traits de ce genre, ont bien l'air d'avoir appartenu au grand Uenét de fils.

' L'abbé d'Auliignac, dans une dissertation conire Corneille, où l'on retrouve le ion et le style de Thomas Diafoinis, débute ainsi : « Corneille avoil condamné (a muse dramatique au silence; mais, à l'exemple de la statue de Memuoj, qui reniliiit ses oracles sitôt que le soled la touchoit de ses rayons, il 9 repris la voix à l'éclat de l'or d'un grand ministre. > Il est probable que Molière a voulu se ino» fuer dau8 ce passage da stjle de l'abbéi (Aimé Martin.]

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