ACTE II, SCÈNE VI
qui ne respire et n'ambitionne autre gloire que d'être toute fta vir, niademoisolle, votre très humble, très obéissant, et très fidi'le serviteur et mari.
TOINUTTE.
Voilà ce que c'est que d'étudier! on apprend à dire rie belles choses.
ARGAN, à Cléante.
Hé ! que dites-vous de cela ?
CLIÎANTE.
Que monsieur fait merveilles, et que, s'il est aussi bon mc.'^<'cin qu'il est boa orateur, il y aura plaisir à être de ses malados.
Assuréinent. Ce sera quelque chose d'admirable, s'd fait d'aussi belles cures qu'il fait de beaux discours.
ARGAN
Allons, vile, ma chaise, et des sièges à tout le monde.
(Des laquais (ionnetil des sioRcs.) MetloZ-VOUS là, ma fille. (A mon-
•ieur Diafoirus.) Vous vojez, mousieur, que tout le monde admire monsieur votre fils; et je vous trouve bien heureux de vous voir un garçon comme cela.
MOiNSIElR DIAFOIRUS.
Monsieur, ce n'est pas parceque je suis son père; mais je puis dire que j'ai sujet d'être content de lui, et que tous ceux qui le \ oient en parlent comme d'un garçon qui n'a point (le méchanceté. Il n'a jamais en l'imagination bien vive, ni (0 feu d'esprit qu'on remarque dans quelques-uns; mais c'est par là que j'ai toujours bien auguré de sa judiciaire, qualité requise pour l'exercice de notre art. Lorsqu'il étoit pi lit, il n'a jamais été ce qu'on appelle mièvre et éveillé. On le voyoit toujours doux, paisible et taciturne, ne disant jamais mot, et ne jouant jamais à tous ces petits jeux que l'on nomme enfantins. On eut toutes les peines du monde à lui apprendre à lire; et il avoil neuf ans, qu'il ne connoissoil pas encore ses lettres. Bon. disois-je en moi-même : les arbres tardifs sont ceux qui poritut les meilleurs fruits. On grave sur le marbre bien plus malaisément que sur le sable; mais les choses y sont conservées bien plus longtemps; et cette lenteur à comprendre, cette pesanteur d'imagiî)alion est la marque d'un bon jugement à venir. Lorsque je l'envoyai au collège, il trouva de la peine ; mais il se rok
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dissoiî. contre les difficultés; eî ses rcgcnls se loiioient toujours à moi de son assiduité et de son travail. Enfin, à force de battre le fer, il en est venu glorieusement à avoir ses licences; et je puis dire, sans vanité, que, depuis deux ans qu'il est sur les bancs, il n'y a point de candidat qui ait fait plus de bruit que lui dans toutes les disputes de notre école. Il s'y est rendu redoutable; et il ne s'y passe point d'acte où il n'aille argumenter à outrance pour la proposition contraire. Il est fermt dans la dispute, fort comme un Turc sur ses principes, ne démord jamais de son opinion, et poursuit un raisonnement jusque dans les derniers recoins de la logique. Mais, sur toute chose, ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c'est qu'il s'attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n'a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine.
THO.MAS DIAFOIRUS, tiraotdesa poche iinegrande thèse roulée, qu'il présente à Angélique.
J'ai, contre les circulateurs, soutenu une thèse, qu'avec la permission (saluant Argan) dc monsieur, j'ose présenter à mademoiselle, comme un hommage que je lui dois des préoaices de mon esprit.
ANOÉLIQOE.
Monsieur, c'est pour moi uu meuble inutile, et je ne me connois pas à ces choses-là.
TOINETTE, prenant la thèse.
Donnez, donnez. Elle est toujours bonne à prendre pour l'image : cela servira à parer notre chambre.
THOMAS DtAFOIRCS, «iuanl encore Argaa.
Avec la permission aussi de monsieur, je vous invite à venir voir, l'un de ces jours, pour vous divertir, la dissection d'une femme, sur quoi je dois raisonner'.
TOINETTE
Le divertissement sera agréable. Il y en a qui donnent la comédie à leurs maîtresses; mais donner une dissection est quelque chose de plus galant.
' Celte plaisanterie est évidemment imitée des Plaideurs de Racine, ca Dandin propose à Isabelle de lui faire passer une heure ou ''yAZ i voir douucj 1* qv'slioa. (Brei.l