ACTE II, SCÈNE VI
douceurs d'une ame si reconnoissante? Tout If; spectacle passe sans qu'il y donne aucune attention; mais il se plaint qu'il est trop court, parcequ'cn finissant il le sépare de son adorable bergère; et, de cette première vue, de ce premier moment, il emporte chez lui tout ce qu'un amour de plusieurs années peut avoir de plus violent. Le voilà aussitôt à sentir tous les maux de l'absence, et il est tourmenté de ne plus voir ce qu'il a si peu vu. Il fait tout ce qu'il peut pour se redonner celle vue, dont il conserve nuit et jour une si thère idée; mais la grande contrainte où l'on lient sa bergère lui en Ole tous les moyens. La violence de sa passion le fait résoudre à demander en mariage l'adorable beauté sans laquelle il ne peut plus vivre; et il en obtient d'elle U pei?mission, par un billet qu'il a l'adresse de lui faire tenir Mais, dans le même temps, on l'avertit que le père de cette belle a conclu son mariage avec un autre, et «jue tout se dispose pour en célébrer la cérémonie. Jugez quelle atteinte cruelle au cœur de ce triste berger! Le voilà accablé d'une mortelle douleur; il ne peut souffrir l'effroyable idée de voir tout ce qu'il aime entre les bras d'un autre; et son amour, au désespoir, Pai fait trouver moyen de s'introduire dans la maison de sa bergère pour apprendre ses sentiments, et savoir d'elle la destinée à laquelle il doit se résoudre. 11 y rencontre les apprêts de fout ce qu'il craint-, il y voit venu l'indigne rival que le caprice d'un père oppose aux tendresses de son amour; il le voit triomphant, ce rival ridicule, auprès de l'aimable bergère, ainsi qu'auprès d'une conquête qui lui est assurée; et cette vue le remplit d'une colère dont il a peine à se rendre le maître. Il jette de douloureux regards sur celle qu'il adore ; et son respect et la présence de son père l'empêchent de lui rien dire que des yeux. Mais enfin il force toute contrainte, et le Iranspart de son amour l'oblige à lui parler ainsi :
}n chante.)
Belle Philis, c'est trop, c'est trop souffrir; Rompons ce dur silence, et m'ouvrez vos pensées. Apprenez-moi ma destinée :
Faul-il vivre? Faul-il mourir?
ANGIÎLIQIE, en clianlanl.
Vous me voyez, Tircis, triste et mélancolique. Aux apprêts de l'hymen dont vous vous alarmez :
640 LE MAl.AWC IMAGINA ir.E.
Je lève au ciel les yeux, je vous regarde, je soupire : C'est vous en dire assez.
ARGAjV.
Ouais! je ne croyois pas que ma fille fùl si habi't" am de chanter amsi à livre ouvert, sans hésiter.
CLÉAME.
Hélas! belle Philis, Se pounoil-il que l'amoureux Tircis
Eût assez de boiilieur Pour avoir quelque place dans votre cœur?
ANGÉLIQUE
Je ne m'en défends point dans cette peine exlréins Oui, Tircis, ie vous aime.