‹ uvres complètes de MolièreChapitre 501 sur 553 · ACTE II, SC^:^'F. VI. C · texte numérisé non relu

ACTE II, SC^:^'F. VI. C

MONSIIIT. niAFOir.US.

Au resle, pour ce qui est des qualités requises pour le mariage et la propagation, je vous assure que, s<?1oiî les "règles de nos docteurs, il est tel qu'on le peut souhaiter; qu'il possède en un degré louable la vertu prolifique, et qu'il est du tempérament qu'il faut pour engendrer et procréer des enfants bien conditionnés

ARGAX.

N'est-ce pas votre intention, monsieur, de le pousser i ta tur, et d'y ménager pour lui une charge de médecin?

MONSIEl R DIAFOIUtS.

A \ous eu parler franchement, noire métier auprès des jrands ne ma jamais paru agréable; et j'ai toujours trouvé <|u'il valoit mieux pour nous autres demeurer au public. Le public est commode. Vous n'avez à répondre de vos actions à personne; et, pourvu que l'on suive le courant des règles de lart, on ne se met point en pciue de foiil ce qui peut a!ii\cr. Mais ce qu'il y a do fàch(;ux auprès des grands, cosl que, quand ils viennent à être malades, ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent.

ÏOINETTE.

Cela est plaisant! et ils sont bien impertinents de vouloir qui', sous autres messieurs, vous les guérissiez! Vous n'êtes poi'.il auprès d'eux pour cela; vous n'y. êtes que pour recevoir NOS pensions et leur ordonner des remèdes; c'est à eux à guérir s'ils peuvent.

MONSIEUR DIAFOIRCS.

Cela est vrai. On n'est oblige qu'à traiter les gens darïS les formes.

ARGAN, à Cléante.

Monsieur, faites un peu chanter ma Glle devant la com«

pagiiie.

CLÉANTE

j itcndois vos ordres, monsieur; et il m'est venu en pen- Je, pour divertir la compagnie, de chanter avec mademoij^'lle une scène d'un petit opéra qu'on a fait depuis peu.

(A Ai ,. ujiie, lui donnant un papier.) TcnCZ, VOilà VOtre partie. ANGÉUQLE.

Moi?

CLÉANTE, bas, à Angélique.

Ne vous défendez point, s'il vous plaît, et me laissez \oua

faire comprendre ce que c'est que la scène que nous devons ehanler. (Ham.) Je n'ai pas une voix à chanter; mais ici il g suffit que je me fasse entendre; et l'on aura la bonté de l| m excuser, par la nécessité où je me trouve de -faire chanter ■ mademoiselle'.

AROAN.

Les vers en sont-ils beaux?

CLÉANTE

C'est proprement ici un petit opéra impromptu; et voue n'allez entendre chanter que de la prose cadencée, du des manières de vers libres, tels que la passion et la nécessité peuvent fair< trouvera deux personnes qui disent les choses d'eux-mêmec et parlent sur-le-champ.

ARGAN

Fort bien. Écoutons.

CLKANTE.

Voici le sujet de la scène. Un berger éloit attentif aux beautés d'un spectacle qui ne faisoit que de commencer, lorsqu'il fut tiré de son attention par un bruit qu'il entendit à ses côtés. Il se retourne, et voit un brutal qui, de paroles insolentes, maltraitoit une bergère. D'abord il prend les intérêts d'un sexe à qui tous les hommes doivent hommage; et, après avoir donné au brutal le châtiment de son insolence, il vient à la bergère, et voit une jeune personne qui, des deux plus beaux yeux qu'il eût jamais vus, versoit des larmes qu'il trouva les plus belles du monde. Hélas! dit-il en lui-même, est-on capable d'outrager une personne si aimable! Et quel inhumain, quel barbare ne seroit touché par de telles larmes? Il prend soin de les arféter, ees larmes qu'il trouve si belles; et l'aimable bergère prend soin en même temps de le remercier de son léger service, mais d'une manière si charmante, si tendre et si passionnée, que le berger n'y peut résister; et chaque mol, chaque regard, est un trait plein de flamme dont son cœur se sent pénétré. Est-il, disoil-il, quelque chose qui puisse mériter les aimables paroles d'un tel remercîment? El que ne souihoit-on pas faire, à quels services, à quels dangers ne seroil-on pas ravi de courir, pour s'attirer un seul moment des touchantes

'M liere a successivement reprortnit celte siliiaîiot dans CEtourdi, l'Ecoit dtt ilarif, l'Amour médecin^ te Siciliei' , C Acarô'

Page 1