‹ uvres complètes de MolièreChapitre 505 sur 553 · ACTE II, SGEiNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SGEiNE VII

doit point vouloir accepter une personne qui seroit à lui par contrainte.

THOMAS DIÀFOmiiS.

Nego consequentiam , mademoiselle ; et je puis être honnête homme , et vouloir bien vous accepter des mains de monsieur votre père.

ANGÉLIQUE

C'est un méchant moj'en de se faire aimer de quelqu'un, que de lui faire violence.

THOMAS DIAFOIRLS.

Nous lisons des anciens, mademoiselle, que leur coutume étoit d'enlever par force, de la maison des pères, les filles qu'on menoit marier, afin qu'il ne semblât pas que ce fût de leur consentement qu'elles convoloient dan» les bras d'un homme.

ANGÉLIQUE

Les anciens, monsieur, sout les anciens; et nous sommes les gens de maintenant. Les grimaces ne sont point nécessaires âans notre siècle; et, quand un mariage nous plaît, nous savons fort bien y aller, sans qu'on nous y traîne. Donnez-vous patience; si vous m'aimez, monsieur, vous devez vouloir tout ce que je veux.

THOMAS DIAFOIRLS.

Oui, mademoiselle, jusqu'aux intérêts de mon amour exclusivement.

ANGÉLIQUE

Mais la grande marque d'amour, c'est d'être soumis aux volontés de celle qu'on aime.

THOMAS DIAFOIRUS

Distinguo , mademoiselle. Dans ce qui ne regarde point sa possession, concedo ; mais dans ce qui la regarde, nego.

TOINETTE , a Angéliiiue.

Vous avez beau raisonner. Monsieur est frais émoulu du collège ; et il vous donnera toujours votre reste. Pourquoi tant résister, et refuser la gloire d'être attachée au corps d«« la Faculté ?

BÉLINE.

Elle a peut-être quelque inclination en tête.

ANGÉLIQUE

Si j'en avois, madame, elle seroit telle que la ratteon et l'honnêteté pourroient me U permettre.

ARGAN

Ouais ! je joue ici un plaisant personnage!

Si j'ctois que de vous, mon fils, je ne la forcerois point i «e marier; et je sais bien ce que je ferois.

ANGÉLIQUE

Je sais, madame, ce que vous voulez dire, et les bontés que vous avez pour moi; mais peut-être que vos conseils ne goroiil pas assez heureux povn- être exécuh's.

KÉLINE.

C'est que les filles bien sages et bien honnêtes , comme vous, se moquent d'être obéissantes et soumises aux volontés de leurs pères. Cela éloit bon autrefois.

ANGÉLIQUE

.Le devoir d'une fille a des borucs, madame; et la raison et les lois ne l'élondent point à toutes sortes de choses..

BÉLINE.

C'est-à-dire (jue vos pensées ne sont que pour le mariage; mais vous voulez choisir un époux à voire fantaisie.

ANGÉLIQUE

Si mon père ne veut pas me donner un mari qui me plaise, je le conjurerai, au moins, de ne me point forcer à en épouser un que je ne puisse pas aimer.

AIÎGAN.

Messieurs, je vous demande pardon de tout ceci. angi'liqce.

Chacun a son but en se mariant. Pour moi, qui ne veui on mari que pour l'aimer véritablement, et qui prétends en faire tout l'attachement de ma vie , je Vous avoue que j'y cherche quelque précaution. Il y en a d'aucunes qui prennent des maris seulement i our se tirer de la contrainte de l3urs parents, et se mettre en état de faire tout ce qu'elles voudront. 11 y en a d'autres, madame, qui font du mariage un commerce de pur intérêt; qui ne se marient que pour gagner des douaires , que pour s'enrichîr par la mort de jusqu'elles épousent, et courent sans scrupules de mari en mari, pour s'approprier leurs dépouilles. Ces personnes-là, à la vérilé,-n'y cherchent pas tant de façons, et regardent peu la personne.

Page 1