‹ uvres complètes de MolièreChapitre 521 sur 553 · ACTE m, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III

lions ; lorsqu'il vous parle de reclifior le sang, de tempérer les entrailles et le cerveau, de dégonfler la rate, de raccommoder la poitrine, de réparer le foio, de fortifier le cœur, de rétablir et conserver la chaleur naturelle, et d'avoir des secrets pour étendre la vie à de longues années, il vous dit justement le roman de la médecine. Mais, quand vous en venez à la vérité et à l'expérience, vous ne trouvez rien de tout cela ; et il en est comme de ces beaux songes, qui ne vous laissent au réveil que le déplaisir de les avoir crus.

ARCAN

C'est-à-dire que toute la science du monde est renfermée dans ^otre tète; et vous voulez en savoir plus que tous les grands médecins de notre siècle.

CÉRALDE.

Dans les discours et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes que vos grands médecins. Entendez-les parler, les plus habiles gens du monde; voyez-les faire, les plus ignora<its de tous les Iwmmes.

ARC AN

Ouais! vous êtes un grand docteur, à ce que je vois; et je voudrois bien qu'il y eût ici quelqu'un de ces messieurs, pour rembarrer vos raisonnements, et rabaisser votre caquet.

BÉRALDE.

Moi. mon frère, je ne prends point à lâche le combattre la médecine ; et chacun, à ses périls et fortune peut croire tout ce qu'il lui plaît. Ce que j'en dis n'est qu'entre nous; et j'aurois souhaité de pouvoir un peu vous tirer de l'erreur où vous êtes, et, pour vous divertir, vous mener voir, sur ce chapitre, quelqu'une des comédies de Molière.

ARGAN

C'est un-bon impertinent que votre Molière, avec ses comédies! et je le trouve bien plaisant, d'aller jouer d honnêtes gens comme les médecins!

BÉRALDE.

Ce ne sont point les médecins qu'il joue, mais le ridiciiie de la médecine.

ARGAN

C'est bien à lui à faire, de se mêler de contrôler la médecine! Voilà un bon nigaud, un bon impertinent, de se moquer des consultations et des ordonnances, de s'attaquer au

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corps des médecins, et d'aller mettre sur son théâtre des personnes vénérables comme ces messieurs-là !

BÉRALDE.

Que voulez-vous qu'il y mette, que les diverses professions des hommes^ On y met bien tous les jours les prioees et les rois, qui sont d'aussi bonne maison que les médecins.

Par la mort non de diable! si j'étois que des médecins, jt me vengerois de sou impertinence; et, quand il sera malade, je le laisserois mourir sans secours. 11 auroit beau faire et beau dire, je ne lui ordonnerois pas la moindre petite saignée, le moindre petit lavement; et je lui dirois : Cri'M', crève; cela t'apprendra une autre fois à te jouer à la Faculté '.'

BÉRALDE.

Vous voilà bien en colère cou Ire lui.

ÀRGAN.

Oui. C'est un malavisé ; et si les médecins sont sages, ils feront ce que je dis.

BÉRALDE

Il sera encore plus sage que vos médecins, car il ne leur demandera point de secours.

ARGAN

Tant pis pour lui, s'il n'a point recours aux remèdes.

BÉRALDE.

Il a ses raisons pour n*en point vouloir, et il soutient que cela n'est permis qu'aux gens vigoureux et robustes, et qui ont des forces de reste pour porter les remèdes avec la maladie ; mais que pour lui, il n'a justement de la force que pour porter son mal.

ARGAN

Les sottes raisons que voilà! Tenez, mon frère, ne parlons point de cet homme-là davantage ; car cela m'échauffe la bile, et vous me donneriez mon mal.

BÉRALDE.

Je le veux bien, mon frère; et, pour changer de discourtj je vous dirai que, sur une petite répugnance que tous té-

■ Od ne peut se défendre d'un sentiment de tristesse en le rappelant de oom» bien peu la mort de Molière suivit cette plaisanterie, en pensant que trois jouft •près rju'il l'eut dite pour la première foie tur le tbéàtre, il expirr privé des «ecoari «es meilecin». (Auger-J

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