SCÈNE XX. - ARGAN, ANGELIQUE, TOINETTE
TOINETTE, feignant de ne pas voir Angélique.
0 ciel ! ah ! fâcheuse aventure ! Malheureuse journée!
ANGÉLIQUE
Qu'as-tu, Toinette? et de quoi pleures-tu?
TOILETTE
Hélas! j'ai de tristes nouvelles à vous donner.
' Le germe du rôîe de Bcline se trouve d.jns une petite pièce inlilnlJe le Mart mcladt,ei qui fut jouée avant l'établissement de Molière a Paris. Cn vieillard, qui a épousé une jeune femme, est malade. Cette femme paraît avoir le plus graiil loin de lui ; mais elle le hait en secret, et profité de sa maladie pour recevoir ion amant. Le mari meurt pendant la pièce, et, ce qui est odieux, la femme «e réjouit de sa mort. Avec quel art Molière n'a-t-il pas employé cett« conception, qui, débarrassée de ee qu'elle a d'affreux, sert à former un dèooûaMM «ussi heureux q;ie naturel! {Pelilot.J
680 LE MALADE IMAGINAIKE.
ANGÉLIQUE
Hé! quoi?
TOINETTE
Votre père est mort.
Mon père est mort, Toinette ?
TOINETTE
Oui. Vous le voyez là, il vient de mourir tout k l'heure d'une foiblesse qui lui a pris.
ANGÉLIQUE
0 ciel! quelle infortune! quelle atteinte cruelle! Hélas! faut-il que je perde mon père, la seule chose qui me restoit au monde ; et qu'encore, pour un surcroît de désespoir, je le perde dans un moment où il étoit irrité contre moi! Que deviendrai-je, malheureuse? et quelle consolation trouver après une si grande perte? ♦