‹ uvres complètes de MolièreChapitre 83 sur 553 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

jetourner ce fâcheux mariage que mon père s'est mis en tète?

ÉRASTE

Au moins y travaillons-nous fortement; et déjà nous avons préparé un bon nombre de batteries pour renverser ce dessein ridicule.

NÉRINE , accourant, à Julie.

Par ma foi, voilà votre père.

JCLIE,

Ah! séparons-nous vite.

NÉRINE

Non, non, non, ne bougez; je m'étois trompée.

JULIE

Mon Dieu! Nérine, que tu es sotte de nous donner de ces frayeurs !

Ér.ASTE.

Oui, belle Julie, nous avons dressé pour cela quantité de machines; et nous ue feignons point de mettre tout en usage, sur la permission que vous m'avez donnée. Ne nous demandez point tous les ressorts que nous ferons jouer ; vous en aurez le divertissement; et, comme aux comédies, il est bon de vous laisser le plaisir de la surprise, et de ne vous avertir point de tout ce qu'on vous fera voir : c'est assez de vous dire que nous avons en main divers stratagèmes tout prêts à produire dans l'occasion, et que l'ingénieuse Neriae et l'adroit Sbrigani entreprennent l'affaire.

NÉRINE

Assurément. Votre père se moque-t-il , de vouloir vous anger ' de son avocat de Limoges, monsieur de Pourceaugnac, qu'il n'a vu de sa vie , et qui vient par le coche vous enlever à notre barbe? Faut-il que trois ou quatre mille écus de plus, sur la parole de voire oncle, lui fassent rejeter un amant qui vous agrée '^? et une personne comme vous est-elle faite pour un Limosin? S'il a envie de se marier, que ne prend-il une Limosine, et ne laisse-t-il en repos les chrétiens? Le seul nom de monsieur de Pourceaugnac

• De augere et non angere, comme on l'a dit. Le mot est dans Nicot , maii écrit par nn e. Voir, pour les explications et les exemples, F. Génin, Lexiqutdê Molière, a-j mol An er.

' Agréer siçniOe taalôt aecepttr, taotët être cgréable II est ici dans ce dernier iens.

<06 MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

m'a mise dans une colère effroyable. J'enrage de monsieuf de Pourceaugnac. Quand il n'y auroit que ce nom-là, monsieur de Pourceaugnac , j'y brûlerai mes livres , ou je romprai ce mariage ; et vous ne serez point madame de Pourceaugnac. Pourceaugnac! cela se peut-il souffrir? Non, Pourceaugnac est une chose que je ne saurois supporter ; et Qous lui jouerons tant de pièces, nous lui ferons tant de niches sur niches, que nous renverrons • à Limoges monsieur de Pourceaugnac.

ÉRASTE

Voici notie subtil Napolitain, qui nous dira des nouvelles SCÈNE IV. - JULIE, ÉRASTE, SBRIGANI, NÉRLNE.

SBRIGANI

Monsieur, votre homme arrive. Je l'ai vu à trois lieues d'ici , où a couché le coche ; et , dans la cuisine , où il est descendu pour déjeuner, je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure , et je le sais déjà par cœur. Pour sa figure , je ne veux point vous en parler : vous verrez de quel air la nature l'a dessinée , et si l'ajustement qui l'accompagne y répond comme il faut; mais, pour son esprit, je vous avertis , par avance , qu'il est des plus épais qui se fassent ; que nous trouvons en lui une matière tout à fait disposée pour ce que nous voulons, et qu'il est homme enOn à donner dans tous les panneaux qu'on lui présentera.

ÉRASTE

Kous dis-tu vrai?

SBRIGANI

Oui, si je me connois en gens. .

NÉRINE

Madame, voilà un illustre. Votre affaire ns pouvoit être mise en de meilleures mains, et c'est le héros de notre siècle pour les exploits dont il s'agit; un homme qui, vingt fois en sa vie , pour servir ses amis , a généreusement affronté les galères, qui, au péril de ses bras et de ses épaules, sait mettre noblement à fin les aventures les plus difficiles, et qui , tel que vous le voyez , est exilé de son pays pour je ne sais combien d'actions honarables qu'il a généreusement entreprises.

* Tab. Que it.iii renvoieroyi ftc

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