RéTOcation de TÉdit de Nantes, en
2. Édits de 1651 et de 1670; déclaration de 1711, etc. Voyez le Recueil des Dttels, Paris, 1679, in-12.
USBEK A IBBEN
A SHYRNE.
Tu me demandes s'il y a des juifs en France? Sache que partout où il y a de l'argent, il y a des juifs. Tu me demandes ce qu'ils y font? Précisément ce qu'ils font en Perse : rien ne ressemble plus à un juif d'Asie, qu'un juif européen.
Ils fontparoltre, chez les chrétiens, comme parmi nous, une obstination invincible pour leur religion, qui va jusqu'à la folie.
La religion juive est un vieux tronc, qui a produit deux branches qui ont couvert toute la teiTe, je veux dire le mahométisme, et le christianisme : ou plutôt, c'est une mère qui a engendré deux filles qui l'ont accablée de mille plaies : ^ car, en fait de religion, les plus proches sont les plus grandes ennemies. Mais quelques mauvais traitements qu'elle en ait reçus, elle ne laisse pas de se glorifier de les avoir mises au monde : elle se sert de l'une et de l'autre pour embrasser le monde entier, tandis que, d'un
1. Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Juifs, a reproduit cette pensée de Montesquieu, sans le nommer.
autre côté, sa vieillesse vénérable embrasse tous les temps.
Les juifs se regardent donc comme la source de toute sainteté, et l'origine de toute religion : ils nous regardent, au contraire, comme des bérétiques qui ont changé la loi, ou plutôt comme des juifs rebelles.
Si le changement s'étoit fait insensiblement, ils croient qu'ils auroient été facilement séduits; mais, comme il s'est fait tout à coup et d*une manière violente, comme ils peuvent marquer le jour et l'heure de Tune et de l'autre naissance, ils se scandalisent de trouver en nous des âges,' et se tiennent fermes à une religion que le monde môme n'a pas précédée.
Ils n'ont jamais eu dans l'Europe un calme pareil à celui dont ils jouissent. On commence à se défaire, parmi les chrétiens, de cet esprit d'intolérance qui les animoit : on s'est mal trouvé en Espagne de les avoir chassés, et en France, d'avoir fatigué des chrétiens dont la croyance différoit un peu de celle du prince,* On s'est aperçu que le zèle pour les progrès de la religion est différent de l'attachement qu'on doit avoir pour elle; et que, pour l'aimer et l'observer, il n'est pas nécessaire de haïr et de persécuter ceux qui ne l'observent pas.
Il seroit à souhaiter que nos musulmans pensassent aussi sensément, sur cet article, que les chrétiens; que l'on pût une bonne fois faire la paix entre Hali et Abubeker,* et laisser à Dieu le soin de décider des mérites de ces saints
1. C'est-à-dire un commencement, une date, avant laquelle le christianisme et le mahométisme n'existaient pas. C'est le môme reproche que les catholiques font aux protestants.