A. C. Que cela veut-il dire, monsieur
3. A. C. Plus affable qu'an autre? Ce n'est pas cela, me dit-il.
4. A. C. Je n'ai que faire d'y aller; je prends déjà condamnation, et Je la lui passe tout entière.
pour les hommes, que je ne pouvois me lasser de Tadmirer. Ah! bon Dieu, dîs-je en moi-même, si, lorsque j'étois à la cour de Perse, je représentois ainsi, je représentois un grand sot! Il aurolt fallu, Rica,' que nous eussions eu un bien mauvais naturel, pour aller faire cent petites insultes à des gens, qui venoient tous les jours chez nous nous témoigner leur bienveillance. Ils savoient bien que nous étions au-dessus d'eux; et, s'ils Tavoient ignoré, nos bienfaits le leur auroient appris chaque jour. N'ayant rien à faire pour nous faire respecter, nous faisions tout pour nous rendre aimables : nous nous communiquions aux plus petits; au milieu des grandeurs, qui endurcissent toujours, ils nous trouvoient sensibles; ils ne voyoient que notre cœur au-dessus d'eux ; nous descendions jusqu'à leurs besoins. Mais, lorsqu'il falloit soutenir la majesté du prince dans les cérémonies publiques; lorsqu'il falloit faire respecter la nation aux étrangers; lorsque enfin, dans les occasions périlleuses, il falloit nnimer les soldats, nous remontions cent fois plus haut que nous n'étions descendus; nous ramenions la fierté sur notre visage; et l'on trouvoit quelquefois que nous représentions assez bien.
De Paris, le 10 de la lune de saphar, 1713. 1. A. C. LSb k.
LETTRK LXXV.
LSDEK A RHKDT.
11 faut que je te Tavoiie : je n'ai point remarqué chez les chrétiens cette persuasion vive de leur religion, qui se trouve parmi les musulmans. Il y a bien loin, chez eux, de la profession à la croyance, de la croyance à la conviction, de la conviction à la pratique. La religion est moins un sujet de sanctification qu'un sujet de disputes qui appartient à tout le monde. Les gens de cour, les gens de guerre, les femmes môme, s'élèvent contre les ecclésiastiques, et leur demandent de leur prouver ce qu'ils sont résolus de ne pas croire.* Ce n est pas qu ils se soient déterminés par raison, et qu'ils aient pris la peine d'examiner la vérité ou la fausseté de cette religion qu'ils rejettent : ce sont des rebelles qui ont senti le joug, et l'ont secoué avant de l'avoir connu. Aussi ne sont-ils pas plus fermes dans leur incrédulité que dans leur foi : ils vivent dans un flux et reflux qui les porte sans cesse de l'un à l'autre. Un d'eux me disoit un jour : Je crois l'immortalité de l'âme par semestre ; mes opinions dépendent absolu-
1. G. Demandent qu'ils prouvent co quMls ne veulent pas croire.
ment de la constitution de mon corps : selon que j*ai plus ou moins d'esprits animaux, que mon estomac digère bien ou mal, que Tair que je respire est subtil ou grossier, que les viandes dont je me nourris sont légères ou solides, je suis spinosiste, socinien, catholique, impie ou dévot. Quand le médecin est auprès de mon lit, le confesseur me trouve à son avantage. Je sais bien empêcher la religion de m'aflliger quand je me porte bien; mais je lui permets de me consoler quand je suis malade : lorsque je n'ai plus rien à espérer d'un côté, la religion se présente, et me gagne par ses promesses; je veux bien m'y livrer, et mourir du côté de l'espérance.
Il y a longtemps que les princes chrétiens affranchirent tous les esclaves de leurs États ; parce que, disoient-ils, le christianisme rend tous les hommes égaux. 11 est vrai que cet acte de religion leur étoit très-utile : ils abaissoient^ par là les seigneurs, de la puissance desquels ils retiroient le bas peuple. Ils ont ensuite fait des conquêtes dans des pays où ils ont vu qu'il leur étoit avantageux d'avoir des esclaves :* ils ont permis d'en acheter et d'en vendre, oubliant ce principe de religion qui les touchoit tant. Que veux-tu que je te dise? Vérité dans un temps, erreur dans un autre. Que ne faisons-nous comme les chrétiens? Nous sommes bien simples de refuser des établissements et des conquêtes faciles dans des climats heureux,^ parce que l'eau n'y est pas assez pure pour nous laver, selon les principes du saint Alcoran*
Je rends grâces au Dieu tout-puissant, qui a envoyé