‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 13 sur 245 · En>rit des lois, XIX» 5 et suiv · texte numérisé non relu

En>rit des lois, XIX» 5 et suiv

S. Ibid., XVI, 6 et 8.

8. L'avocat Mathieu Marais, qui avait espéré un moment entrer à l'Académie, au

pule de joindre à Tédition des LeUre$ persanes de i7M. En Angleterre, il parut de Nouvelles Lettres persanes traduites en français, dès Tannée 1735, et portant pour épigraphe :

ff Non ita certandi cupidus, quam propter amorem Quod te imitari aveo, »

Cest une satire des mœurs anglaises faite par une main peu légère. Du reste, toutes ces imitations, qui amusent les contemporains, n'ont pour effet que de faire sentir par comparaison la différence qui sépare un grand peintre d'un copiste ou d'un barbouilleur. On peut surprendre les procédés d'un artiste, et en reproduire la manière; on n'imite pas le génie.

Si dans la république des lettres on accueillit avec faveur l'écrivain hardi qui débutait par un coup de maître, il n'en fut pas de môme de ce qu'on appelle aujourd'hui le monde officiel. Si faciles que fussent les mœurs et si libres que fussent les salons de Paris, cette liberté était plus apparente que réelle; la cour et les ministres avaient peu de goût pour les téméraires qui osaient toucher aux préjugés établis. Un gouvernement absolu n'entend point raillerie. Montesquieu ne fut pas longtemps à s'en apercevoir; c'est lui-môme qui nous l'apprend.

« En entrant dans le monde, nous dit-il, on m'annonça comme un homme d*esprit, et je reçus un accueil assez favorable des gens en place ; mais lorsque par le succès des Lettres persanes, j'eus peut-être prouvé que j'en avois, et que j'eus obtenu quelque estime du public, celle des gens en place se refroidit; j'essuyai mille dégoûts. Comptez qu'intérieurement blessés de la réputation d'uu homme célèbre, c'est pour s'en venger qu'ils rhumilient, et qu'il faut soi-môme mériter beaucoup d'éloges pour supporter patiemment l'éloge d'autrui. » »

Aussitôt après la publication des Lettres persanes, Montesquieu vint à Paris pour y jouir de sa réputation. 11 trouvait que dans la grande ville la société était plus aimable qu'à la cour, encore bien qu'elle fût composée des mêmes personnes, par la

lien et pUce de llonte«ittieu. écrit à la date du 19 février ïlHï : t On vient de me parler des Uttree d'une fUU îvrqw à Paris à sa saur au sérail. Ce sera quelque second tome des Lettres persanes, qui fefa peui-ôtre chasser de l'Académie celui qui les a désavouées. » Jmirnai H ê/émoira de Mathieu Marais, t. IV, p. 208. 1. Pensées diverse».

raison, disait-il, qu'on intriguait à Versailles et qu'on s'amusait à Paris. * C'est là qu'il se lia avec M. de Maurepas et le comte de Caylus. On prétend même qu'il fut un des collaborateurs des Étrennes de la Saint-Jean, livre plus grossier qu'ingénieux. * Reçu chez M"" de Tencin, vivant familièrement avec les gens de lettres, on commença à parler de lui pour l'Académie. Le Temple de Gnide, composé pour plaire à une princesse du sang, M^^^* de Clermont, lui valut des amitiés puissantes, auxquelles on n'avait rien à refuser. Il se présenta, dit-on, à l'Académie en 1725 et fut élu. ^ Fontenelle, alors directeur de la compagnie, avait déjà écrit son discours, et l'avait remis au récipiendaire, lorsqu'on fit valoir un article des statuts, article encore en vigueur aujourd'hui, qui ne permet d'élire que des membres résidant à Paris. L'élection ne fut pas validée. Montesquieu, qui n'avait qu'un goût médiocre pour la magistrature, vendit sa charge l'année suivante; il s'établit à Paris, et devint rhôte assidu de la marquise de Lambert, femme d'esprit fort répandue, et dans le salon de laquelle on préparait, dit-on, les candidatures académiques. Semblable en ce point au bon roi Numa, l'Académie française a toujours une Égérie; c'est dans ces , belles mains qu'elle remet le dépôt de sa souveraineté.

En 1727, à la mort de M. de Sacy, traducteur de Pline le jeune, Montesquieu se présenta de nouveau à l'Académie. Il était soutenu par l'abbé Mongault, ancien précepteur du duc d'Orléans, et, à ce titre, fort influent dans la compagnie. L'élection allait de soi, le président n'avait pas de concurrent, ^ quand tout à coup on rencontra une opposition imprévue. Il ne faut pas oublier qu'au xviii» siècle, on n'entrait à l'Académie qu'avec l'agrément du roi, et qu'en 4727 le premier ministre était un cardinal. Ce cardinal, il est vrai, était Fleury, qu'on ne pouvait

1. Lettrei de L-B. Lauraguaii d M^ ***, Paris, 1802, p. 192. « Je hais Versailles, disait Moateaqaieu, parce que tout le monde y est petit; j'aime Paris, parce que tout le monde y est grand. > Pentées divenes,

2. Lauraguais, ibid., p. 242. La première édition des Étrennei de la Saint'Jean est de 1742. i Troyes, chez Oudot. La grossièreté du livre, et le témoignage de Moncrif, ne permettent pas d'attribuer à Montesquieu une part quelconque dans ces niaiseries.

3. remprunte ces détails à la curieuse brochure de M. Vian : Montesquieu, sa réception à l'Académie et la deuxième éditUm des Lettres persanes, Paris, 1869.

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