‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 146 sur 245 · USBEK A RUSTAN · texte numérisé non relu

USBEK A RUSTAN

A ISPAHAN

Il parolt ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se joue insolemment des deux plus grands rois du monde. Il apporte, au monarque des François, des présents que le nôtre ne sauroit donner à un roi d'Irimette ou de Géorgie ; et, par sa lâche avarice, il a flétri la majesté des deux empires.

Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui prétend être le plus poli de l'Europe ; et il a fait dire en Occident que le roi des rois ne domine que sur des barbares.

Il a reçu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu se faire refuser lui-même ; et, comme si la cour de France avoit eu plus à cœur la grandeur persane que lui, elle l'a fait paroltre avec dignité devant un peuple dont il est le mépris.

Ne dis point ceci à Ispahan : épargne la tête d'un malheureux. Je ne veux pas que nos ministres le punissent de leur propre imprudence, et de l'indigne choix qu'ils ont fait.*

De Parii, le dernier de la lane de gemmadi i, 1715.

1. « Cette ambassade fut toujours fort équivoque et même quelque chose de plus. Ce qu*on crut en démêler le mieux, fut qu'un ministre d*une

des proyinces de Perse, comme qui dirait un intendant du Languedoc, avait euYoyé ce prétendu ambassadeur pour des affaires de négoce entre des marchands, et que, pour se faire défrayer, il contrefit Pambassadeur de Perse; que Pontchartrain, dont cette ambassade regardait le département, ne voulut pas dévoiler la friponnerie, pour amuser le roi et lui faire sa cour, en lui laissant croire que le sophi lui envoyait un ambassadeur. » Notes du Journal de Dangeau. — Quoi qu'il en soit, on le reçut avec beaucoup de pompe. Il enleva une femme mariée, à qui il fit abjurer le christianisme. Cette femme était une b&tarde de Tabbé de Grançay. Voyez la Correspondance d*Êlisabeth-Gharlotte, duchesse d*Orléans, mère du régent. (Note de rédition Dalibon. Paris, 1826.)

LETTRIi XCII. 297

USBEK A RHÉDI

Le monarque qui a si longtemps régné, n'est plus. * Il a bien fait parler des gens pendant sa vie ; tout le monde s'est tu à sa mort. Ferme et courageux dans ce dernier, moment, il a paru ne céder qu'au destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas après avoir rempli toute la terre de son nom.

Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait faire ici que des réflexions morales. Chacun a pensé à ses affaires, et à prendre ses avantages dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du monarque défunt, n'ayant que cinq ans, un prince, son oncle, * a été déclaré régent du royaume.

Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit l'autorité du régent. Ce prince habile a été au parlement;'

i. Louis XIV mourut à Versailles, le dimanche 1*' septembre 1715, à Tàge de soixanto-dix-sept ans moins cinq jours, et dans la soixante-treizième année de son règne. H éuit né le 5 septembre 1638 et avait commencé à régner le 14 mars 1643.

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