‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 16 sur 245 · Itnd., p · texte numérisé non relu

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ments de la candidature de 1727, presque dans les mêmes termes que Marais. Le cardinal Fleury exigeait un désaveu. Écoutons réloge lu dans rassemblée publique de TAcadémie royale de Berlin, le 5 juin 1755.

« En 1728, M. de Montesquieu se présenta pour la place de TAcadémie françoise, vacante par la mort de M. de Sacy. Ses Lettres persanêSy qui avoient paru dès 1721, avec le plus grand succès, étoient un assez bon titre, mais la circonspection avec laquelle s'accordent les places dans cette compagnie, et quelques traits trop hardis de cet ouvrage, rendoient le titre douteux. M. le cardinal de Fleury, effrayé de ce qu*on lui avoit rapporté ,i écrivit à TAcadémie que le roi no vonloit pas qu*on y admit Tauteur des Lettres persanes. ' Il falhit renoncer à la place ou désavouer son livre. M. de Montesquieu déclara qu'il ne 8*en étoit jamais dit Tauteur, mais qu'il ne le désavoueroit Jamais. Et M. le maréchal d'Estrées s*étant chargé de laire valoir cette espèce de satisfaction, M. le cardinal de Fleury lut les Lettres persanes, les trouva plus agréables que dangereuses, et M. de Montesquieu fut reçu. »

Dans réloge que d'Alembert mit en tête du cinquième volume de V Encyclopédie on retrouve, sous une forme déclamatoire, le récit de Maupertuis. Rien n'est plus agaçant que ce ton prétendu philosophique, et ces leçons pédantesques qui distribuent le blâme et Téloge, suivant qu'on appartient ou non à la coterie. N'est-ce pas se moquer du public que d'écrire sérieusement : « Feu M. le maréchal d'Estrées, alors directeur de l'Académie françoise, se conduisit dans cette circonstance en courtisan vertueux, et d'une âme vraiment élevée ; il ne craignit ni d'abuser de son crédit, ni de se compromettre ; il soutint son ami et jtisti/ia Socrate. »

Ce qui est intéressant dans les grandes phrases de d'Alembert, c'est qu'on y lit que Montesquieu, sentant le coup que l'accusation dirigée contre lui pouvait porter à sa personne, à sa famille, à la tranquillité de sa vie, et considérant son exclusion de

1. C'était lo père Toamemine, directeur da Journal de Trévo}tx, qni avait mis sous le* yeux da cardinal on extrait fidèle des pansages les plus compromettants des UUrts persane$.

%. Suivant M. Vian, c'est le jeudi 11 décembre 1727, au moment du scrutin académique, qu'on apprit que le cardinal venait de dire à l'abbé Bignon en propres termes : « Le choix que T Académie veut faire sera désapprouvé de tous Ut honnête» gens. » Sur quoi l'élection fut remise à huiUine.

36 PRÉFACE DE LÉDITEUR.

TAcadémie comme une injure, vit le ministre, lui déclara que, pour des raisons particulières, il n'avouait point les Lettres persanes, mais qu'il était encore plus éloigné de désavouer un ouvrage dont il croyait n'avoir point à rougir, et que, d'ailleurs, il devait être jugé après lecture et non sur une délation.

tt Le ministre, continue d'Alembert, prit enfin le parti par où il auroit dô commencer; il lut le livre, aima Vauteur (?) et apprit d mieux placer sa confiance; l'Académie françoise ne fut point privée d*un de ses plus beaux ornements, et la France eut le bonheur de conserver un sujet que la superstition et la calomnie étoient prêtes à lui faire perdre : car M. de Montesquieu avoit déclaré au gouvernement, qu'après l'espèce d'outrage qu'on alloit lui faire, il iroit chercher chez les étrangers, qui lui tendaient les bras, la sûreté, le repos, et peut-être les récompenses quHl auroit dû espérer dans son pays. La nation eût déploré cette perte, et la honte en fût pourtant retombée sur elle. »

Quelque respect que j'aie pour d'Alembert, j'avoue que j'ai de grands doutes sur cette menace de Montesquieu. Une telle attitude ne convient guère au caractère modéré de l'homme ; elle n'est point davantage dans l'esprit du temps. Au dernier siècle, on ne s'expatriait que pour échapper à la persécution religieuse; un Français était trop fier de son pays pour l'abandonner.

J'ajoute que la lettre par laquelle le cardinal de Fleury autorisa l'élection suppose que Montesquieu s'engagea tout au moins à. ne jamais s'avouer publiquement l'auteur des Lettres persanes. Si je comprends bien cette lettre, publiée par M. Vian, le cardinal félicite le secrétaire perpétuel de n'avoir pas fait figurer dans le procès-verbal de la séance du 11 décembre 1727 les raisons qui ont fait ajourner l'élection. Il ajoute : « La soumission de M. le président de Montesquieu a été si entière^ qu'il ne mérite pas qu'on laisse aucun vestige de ce qui pourroit porter préjudice à sa réputation, et tout le monde est si instruit de ce qui s'est passé, qu'il n'y a aucun inconvénient à craindre sur le silence que gardera l'Académie. »

Là, je crois, est la vérité. Cette opinion est conforme à ce que

. dit Marais. * U est au moins remarquable que, dans sa réponse au

discours de réception que prononça Montesquieu, le directeur de

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