A. Est comme celui qui voit bien une machine qui joue
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c'est pour lui présenter cinq ou six placets tous les matins ; et la bonté de leur naturel parolt dans l'empressement qu'elles ont de faire du bien à une infinité de gens malheureux, qui leur procurent cent mille livres de rente.
On se plaint, en Perse, de ce que le royaume est gouverné par deux ou trois femmes : c'est bien pis en France, où les femmes en général gouvernent, et non-seulement prennent en gros, ^ mais même se partagent en détail, toute l'autorité.
De Paris, le dernier de la lane de chalval, HH. 1. A. Et prennent non-seulement en gros.
3iî LETTRES PERSANES.
USBEK A
Il y a une espèce de livres que nous ne connoîssons point en Perse, et qui me paroissent ici fort à la mode : ce sont les journaux.* La paresse se sent flattée en les lisant; on est ravi de pouvoir parcourir trente volumes en un quart d'heure.
Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait les compliments ordinaires, que les lecteurs sont aux abois : il les fait entrer à demi morts dans une matière noyée au milieu d'une mer de paroles. Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze, celui-là par un in-quarto; un autre, qui a de plus belles inclinations, vise à ï in-folio; il faut donc qu'il étende son sujet à proportion ; ce qu'il fait sans pitié, comptant pour rien la paine du pauvre lecteur, qui se tue à réduire ce que Fauteur a pris tant de peine à amplifier.
Je ne sais, ***, quel mérite il y a à faire de pareils ouvrages, j'en ferois bien autant, si je voulois ruiner ma santé et un libraire.
Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils ne parlent que des livres nouveaux ; comme si la vérité étoit
1. Les journaux français, au xviii* siècle, n'étaient que des revues périodiques, de petit format, et ne contenaient guère que l'analyse des livres nouveaux. La liberté de la presse n*a paru en France qu*ca 1789.
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jamais nouvelle. Urne semble que, jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux.
Mais, lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages encore tout chauds de la forge, ils s'en imposent une autre, qui est d'être très-ennuyeux. Us n'ont garde de critiquer les livres dont ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient : et, en effet, quel est l'homme assez hardi pour vouloir se faire dix ou douze ennemis tous les mois ?
La plupart des auteurs i*essemblent aux poètes, qui souffriront une volée de coups de bâton sans se plaindre; mais qui, peu jaloux de leurs épaules, le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne sauroient soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se donner de garde de les attaquer par un endroit si sensible; et les journalistes le savent bien. Us font donc tout le contraire : ils commencent par louer la matière qui est traitée; première fadeur; de là ils passent aux louanges de l'auteur, louanges forcées, car ils ont affaire à des gens qui sont encore en haleine, tout prêts à se faire faire raison, et à foudroyer, à coups de plume, un téméraire journaliste.
De Paris, le 5 de la lune de zilcadé, 1718.
RICA A *•*
L'Université de Paris est la fille aînée des rois de France, et très-alnée; car elle a plus de neuf cents ans : aussi rêve-t-elle quelquefois.
On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, un grand démêlé avec quelques docteurs, à l'occasion de la lettre Ç, * qu'elle vouloit que l'on prononçât comme un K. La dispute s'échauffa si fort, que quelques-uns furent dépouillés de leurs biens ; il fallut que le parlement terminât le différend; et il accorda permission, par un arrêt solennel, à tous les sujets du roi de France, de prononcer cette lettre à leur fantaisie. 11 faisoit beau voir les deux corps de l'Europe les plus respectables, occupés à décider du sort d'une lettre de l'alphabet I
Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées; et que, là où il y a plus de sages, il y ait aussi moins de sagesse. Les grands corps s attachent toujours si fort aux minuties,* aux vains usages, que l'essentiel ne va jamais qu'après.
1. n veut parler de la guerre de Ramus. (M.) Ramus, professeur au collège royal, en 1552, voulait qu'on prononçât kiskiz et kankan au lieu de quisquis et quanquam. Grand adversaire d*Aristote, il fut assassiné par les suppôts de rUniversité, en 1572.