‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 196 sur 245 · A COU · texte numérisé non relu

A COU

Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices des mollaks? La main de Dieu s'est deux fois appesantie sur les enfants de la loi : le soleil s'obscurcit et semble n'éclairer plus que leurs défaites : leurs armées s'assemblent, et elles sont dissipées comme la poussière.

L'empire des Osmanlins est ébranlé par les deux plus grands échecs qu'il ait jamais reçus. Dn moufti chrétien ne le soutient qu'avec peine : le grand vizir d'Allemagne* est le fléau de Dieu, envoyé pour châtier les sectateurs d'Omar : il porte partout la colère du ciel, irrité contre leur rébellion et leur perfidie.

Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du Prophète que le détestable Omar a dévoyés : tes entrailles s'émeuvent à la vue de leurs malheurs : tu désires leur conversion, et non pas leur perte : tu voudrois

1. Le prince Eugène, qui battit les Turcs à Peterwaradin, prit Belgrade en août 1717, remporta beaucoup d*autres avantages, et conclut la paix

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avantageuse de Passarowitz, en 1718.

LETTRE CXXHI. 385

les voir réunis sous Tétendard d'Hali, par les larmes des saints; et non pas dispersés dans les montagnes et dans les déserts, par la terreur des infldëles.

De Parit, le 1 de'la lone de chalyal, 1718.

USBEK A RHÉDI

Quel peut être le motif de ces libéralités immenses que les princes versent sur leurs courtisans?' Veulent-ils se les attacher? ils leur sont déjà acquis autant qu'ils peuvent l'être. Et, d'ailleurs, s'ils acquièrent quelquesuns de leurs sujets en les achetant, il faut bien, par la même raison, qu'ils en perdent une infinité d'autres en les appauvrissant.

Quand je pense à la situation des princes, toujours entourés d'hommes avides et insatiables, je ne puis que les plaindre ; et je les plains encore davantage, lorsqu'ils n'ont pas la force de résister à des demandes toujours onéreuses à ceux qui ne demandent rien.

Je n'entends jamais parler de leurs libéralités, des grâces et des pensions qu'ils accordent, que je ne me livre à mille réflexions : une foule d'idées se présente à mon

i. Cette lettre a été publiée pour la première fois dans la 2* édition, Cologne, 1721, avec les variantes suivantes, que J'emprante à M. André Lefèvre.

2. Sur cet abus des pensions, V. les Mémoires de Mathieu Blarais, u I, p. 233. Esprit des lois, V, 10.

esprit : il me semble que j'entends publier cette ordonnance :

a Le courage infatigable de quelques-uns de nos sujets ^ à nous demander des pensions, ayant exercé sans relâche notre magnificence royale, nous avons enfin cédé à la multitude* des requêtes qu'ils nous ont présentées^ lesquelles ont fait jusqu'ici la plus grande sollicitude du trône. Hs nous ont représenté qu'ils n'ont point manqué, depuis notre avènement à la couronne, de se trouver à notre lever; que nous les avons toiiyours vus sur notre passage, immobiles comme des bornes; et qu'ils se sont extrêmement élevés pour regarder, sur les épaules les plus hautes, notre sérénité. Nous avons même reçu plusieurs requêtes de la part de quelques personnes du beau sexe, qui ont supplié de faire attention qu'il est' notoire qu'elles sont d'un entretien trèsdifficile : quelques-unes même très-surannées nous ont prié, branlant la tête, ^ de faire attention qu'elles ont fait l'ornement de la cour des rois nos prédécesseurs; et que, si les généraux de leurs armées ont rendu l'État redoutable par leurs faits militaires, elles n'ont point rendu la cour moins célèbre par leurs intrigues. Ainsi,* désirant traiter les suppliants avec bonté, et leur accorder toutes leurs prières, nous avons ordonné ce qui suit :

a Que tout laboureur, ayant cinq enfants, retranchera journellement la cinquième partie du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pères de famille, de faire la diminution, sur chacun d'eux, aussi juste que faire se pourra.

tf Défendons expressément à tous ceux qui s'appliquent à la culture de leurs héritages, ou qui les ont donnés à titre de ferme, d'y faire aucune réparation, de quelque espèce qu'elle soit.

« Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent à des travaux vils et mécaniques, lesquelles n'ont jamais été au lever de

i. 2* C. 1721. De nos plus riches sujets.

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