‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 21 sur 245 · SUR LES · texte numérisé non relu

SUR LES

Rien n'a plu davantage, dans les Lettres persanes, que d'y trouver, sans y penser, une espèce de roman. On en voit le commencement, le progrès, la fin : les divers personnages sont placés dans une chaîne qui les lie. A mesure qu'ils font un plus long séjour en Europe, les mœurs de cette partie du monde prennent, dans leur tête, un air moins merveilleux et moins bizarre : et ils sont plus ou moins frappés de ce bizarre et de ce merveilleux, suivant la différence de leurs caractères. D'un autre côté, le désordre croît dans le sérail d'Asie, à proportion de la longueur de Fabsence d'Usbek ; c'est-à-dire à mesure que la fureur augmente et que l'amour diminue.

D'ailleurs, ces sortes de romans réussissent ordinairement, parce que l'on rend compte soi-même de sa situation actuelle ; ce qui fait plus sentir les passions que tous les récits qu'on en pourroit faire. Et c'est une des causes du succès de quelques ouvrages charmants qui ont paru depuis les Lettres persanes.

Enfin, dans les romans ordinaires, les digressions ne peuvent être permises que lorsqu'elles forment elles-mêmes un nouveau roman. On n'y sauroit mêler de raisonnement, parce qu'aucuns des personnages n'y ayant été assemblés pour raisonner, cela

1. Ces réflexions, qui ont para en tète de l'édition de 1754, ont toujours été attribuées à Montesquieu.

Les notes marquées d'une M sont de Montesquieu ; celles qui ne sont pas signées sont de l'éditeur.

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