‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 216 sur 245 · A. C. Autant que je fais cas des autres · texte numérisé non relu

A. C. Autant que je fais cas des autres

3. A. C. et l'édition de 1754 lisent : Vous voyez ici les romans qui sont des espèces de poôtcs, etc. Montesquieu se serait donc servi du mot de romans comme synonyme de romanciers. J'ai peine à admettre ce sens insolite qui a été défendu par quelques bons éditeurs modernes. Voyez cependant inf,, lettre CXLI : « Elle aime la lecture des portes et des romans. »

nature, et la manquent toujours; leurs héros y sont^ aussi étrangers que les dragons ailés et les hippocentaures.

J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans, et, si vous voyiez les nôtres, vous en seriez encore plus choqué. Ils sont aussi peu naturels, et d'ailleurs extrêmement gênés par nos mœurs ; il faut dix années de passion avant qu'un amant ait pu voir seulement le visage de sa maitresse. Cependant les auteurs sont forcés de faire passer les lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or, il est impossible que les incidents soient variés; on a recours à un artifice pire que le mal même qu'on veut guérir; c'est aux prodiges. Je suis sûr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne fasse sortir une armée de dessous terre; qu'un héros, lui seul, en détruise une de cent mille hommes. Cependant, voilà nos romans; ces aventures froides et souvent répétées nous font languir, et ces prodiges extravagants nous révoltent.

De Paris, le 6 de la lane do cbalTal, 1719. 1. A. G. Et qoi font des héros qui y soat, etc.

RICA A IBBEN

A SIIYRRE.

Les ministres se succèdent et se détruisent ici comme les saisons; depuis trois ans, j'ai vu changer quatre fois de système sur les finances. On lève aujourd'hui les tributs en Turquie et en Perse, comme les levoient les fondateurs de ces empires-/ il s'en faut bien qu'il en soit ici de même. Il est vrai que nous n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux. Nous croyons qu'il n'y a pas plus de différence entre l'administration des revenus du prince et celle des biens d'un particulier,* qu'il y en a entre compter cent mille tomans, ou en compter cent; mais il y a ici bien plus de finesse et de mystère. Il faut que de grands génies travaillent nuit et jour ; qu'ils enfantent sans cesse, et avec douleur, de nouveaux projets ; qu'ils écoutent les avis d'une infinité de gens qui travaillent pour eux sans en être priés ; qu'ils se retirent et vivent dans le fond d'un cabinet impénétrable aux grands, et sacré aux petits; qu'ils

1. A. On lève aujourd'hui en Perse et en Turquie les sobsides de U même manière que les fondateurs de ces monarchies les levoient.

2. A. C. Entre Tadministration des revenus d*un prince et de ceux d*aa particulier.

aient toujours la tête remplie de secrets importants, de desseins miraculeux, de systèmes nouveaux ; et qu'absorbés dans les méditations, ils soient privés de l'usage de la parole, et quelquefois même de celui de la politesse.*

Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa à établir une nouvelle administration. On sentoit qu'on étoit mal; mais on ne savoit comment faire pour être mieux. On ne s'étoit pas bien trouvé* de l'autorité sans bornes des ministres précédents; on la voulut partager. On créa, pour cet effet, six ou sept conseils,' et ce ministère est peut-être celui de tous qui a gouverné la France avec plus de sens; la durée en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'elle produisit.

La France, à la mort du feu roi, étoit un corps accablé de mille maux : N**** prit le fer à la main, retrancha les chairs inutiles, et appliqua quelques remèdes topiques. Mais il restoit toujours un vice intérieur à guérir. Un étranger est venu," qui a entrepris cette cure. Après bien des remèdes violents, il a cru lui avoir rendu son embonpoint; et il l'a seulement rendue bouffie.

Tous ceux qui étoient riches il y a six mois, sont à présent dans la pauvreté,® et ceux qui n'avoient pas de pain regorgent de richesses. Jamais ces deux extrémités ne se sont touchées de si près. L'étranger a tourné l'État comme un fripier tourne un habit; il fait parottre dessus ce qui étoit dessous, et ce qui étoit dessus, il le met à l'envers.

1. A. C. Hs Boient privés non-Bealement de Tusage de la parole; mais môme quelquefois de la politesse.

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