‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 221 sur 245 · A. G. Où je prouve · texte numérisé non relu

A. G. Où je prouve

Romains.^ Je vous enverrai encore un volume m-quarto, en forme d'explication d'un vers du sixième livre de l'Enéide de Virgile. Vous recevrez tout ceci dans quelques jours; et, quant à présent. Je me contente de vous envoyer ce fragment d'un ancien mythelogiste grec, qui n'avoit point paru jusques ici, et que j'ai découvert dans la poussière d'une bibliothèque. Je vous quitte pour une affaire importante que j'ai sur les bras : il s'agit de restituer un beau passage de Pline le naturaliste, que les copistes du cinquième siècle ont étrangement défiguré. Je suis, etc. »

FRAGMENT d'uN ANCIEN UYTHOLOGISTB .

a Dans une ile près des Orcades, il naquit un enfant, qui avoit pour père Éole, dieu des vents, et pour mère une nymphe de Galédonie. * On dit de lui qu'il apprit tout seul à compter avec ses doigts ; et que, dès Tâge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les métaux, que sa mère ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une d'or, il reconnut la tromperie, et la jeta par terre.

« Dès qu'il fut grand, son père lui apprit le secret d'enfermer les vents dans des outres, qu'il vendoit ensuite à tous les voyageurs : mais, comme la marchandise n'étoit pas fort prisée dans son pays, il le quitta, et se mit à courir le monde, en compagnie de l'aveugle dieu du hasard.

t 11 apprit, dans ses voyages, que, dans la Bétîque, ' l'or reluisoit de toutes parts; cela fit qu'il y précipita ses pas. Il y fut fort mal reçu de Saturne, qui régnoit pour lors : mais ce dieu ayant quitté la terre, il s'avisa. d'aller dans tous les carrefours, où il crioit sans cesse d'une voix rauque : Peuples de Bétique .

Page 1