A. G. Révérend père Jésuite
4. Le P. Gaossin, jésuite, né à Troyes, confesseur de Louis XIII, exilé par Richelieu. Mémoires de Mathieu Marais, t. IT, p. 432.
* C'est dans l'édition de 1758 qae pour la première fois ou a mis en note la lettre d'an médecin de province.
service; je vais vous renvoyer; je souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous voulez les œuvres du révérend père Rodrlguès, jésuite espagnol, ne vous en faites faute. Mais, croyez-moi, tenons-nous-en au père Caussin ; j*espère, avec Taide de Dieu, qu'une période du père Caussin vous fera autant d'effet qu'un feuillet tout entier de la G. du G. Là-dessus, M. Anis sortit, et courut chercher le remède à sa boutique. La Cour sainte arrive ; on en secoue la poudre ; le fils du malade, jeune écolier, commence à la lire : il en sentit le premier l'effet; à la seconde pa{^, il ne prononçoit plus que d'une voix mal articulée, et déjà toute la compagnie se sentoit affoiblie; un instant après, tout ronfla, excepté le malade, qui, après avoir été longtemps éprouvé, s*assoupit à la fin.
« Le médecin arrive de grand matin. Eh bien, a-t-on pris mon opium? On ne lui répond rien : la femme, la fille, le petit garçon, tous transportés de joie, lui montrent le père Caussin. Il demande ce que c'est ; on lui dit : Vive le père Caussin ; il faut l'envoyer relier. Qui l'eût dit? qui l'eût cru? c'est un miracle. Tenez, monsieur, voyez donc le père Caussin; c'est ce volume-là qui a fait dormir mon père. Et là-dessus, on lui expliqua la choiie comme elle s'étoit passée. ^ »
i. Voyez la note i de la page précédente.
Le médecin étoit un homme subtil, rempli des mystères de la cabale, et de la puissance des paroles et des esprits : cela le frappa; et, après plusieurs réflexioDK, il résolut de changer absolument sa pratique. Voilà un fait bien singulier! disoit-il. Je tiens une expérience: il faut la pousser plus loin. Eli ! pourquoi un esprit ne pourroit-il pas transmettre à son ournge les mêmes qualités qu*il a lui-même? Ne le voyons-nous pas tous les jours? Au moins, cela vaut-il bien la peine de l'essayer. Je suis las des apothicaires; leurs sirops, leurs juleps, et toutes les drogues galéniques ruioeot les malades et leur santé. Changeons de méthode ; éprouvons la vertu des esprits. Sur cette idée, il dressa une nouvelle pharmacie, comme vous allez voir par la description que Je vous vais faire des principaui remèdes quMl mit en pratique.
Tisane purgative.
Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote, en grec; deux feuiUes d*aa traité de théologie scolastique, le plus aigu, comme, par exemple, da subtil Scot; quatre de Paracelse; une d*Avicenne; six d'Averroês; trois
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de Porphyre ; autant de Plotia ; autant de Jamblique. Faites iufuier le tout pendant vingt-quatre heures, et prenez-en quatre prises par jour.
Purgatif plus violent .
Prenez dix A*" du C"*, concernant la B'" et la G*'* des T**;* faitesles distiller au bain-marie; mortifiez une goutte de l'humeur acre et piquante qui en viendra, dans un verre d*eau commune; avalez le tout avec confiance.
Vomitif.
Prenez six harangues, une douzaine d'oraisons funèbres indifféremment, prenant garde pourtant de ne point se servir de celles de M. de N.;** un recueil de nouveaux opéras ; cinquante romans; trente mémoires nouveaux. Mettez le tout dans un matras ; laissez-le en digestion pendant deux jours, puis faites-le distiller au feu de sable. Et, si tout cela ne suffit pas :
Autre plus puissant.
Prenez une feuille de papier marbré, qui ait servi à couvrir un recueil des pièces des J. F.;*** faites-la infuser l'espace de trois minutes; laites chaufiier une cuillerée de cette infusion, et avalez.
Bemide très-simple pour guérir de Vasthme.
Lisez tous les ouvrages du révérend père Maimbourg, ci-devant jésuite,**** prenant garde de ne vous arrêter qu'à la fin de chaque période ; et vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à peu, sans qu'il soit besoin de réitérer le remède.
Pour préserver de la gale, grateUe, teigne, farcin des chevaux.
Prenez trois catégories d'Aristote, deux degrés métaphysiques, une distinction, six vers de Chapelain, une phrase tirée des lettres de M. Tabbé de Saint-Cyran; écrivez le tout sur un morceau de papier, que vous plierez, attacherez à un ruban, et porterez au col.
* Dix Arrêts du Conseil, concernant U Banque et la Compagnie des Indes.
Dix arrêts du conMïl concernant la bulle et la conetitatîon des Jésuites, suivant les anciens éditeurs et la Table.
" Monsieur de Nimes, c'est-à-dire Fléchier.
*** Des Jeux Floraux.
**'* Louis Maimbourg (1610-1686), exclu de la Compagnie de Jésus par Innocent XI, pour aTOir écrit en faveur de la déclaration du clergé français de 1682.
Minculam cbymicum, de Tiolenta fermentatione, cum ftimo, igné et flammà.
Miscê Quêsmllianam * infUtioMm, cum infution» LattemamanA : ** fUU fit' fnênUUio cum magnA vi, impetu et UmUru, acidis pugnantibus, et imricm penêtrantibus alcalinos sahs ; fiêt cvaparatio ardcwtium spirituum. Ptmê liquonm fcrmênUUum in eUombico ; nihil indè eoBtrahês, et tûHU mvmÙÊS, nisi caput moriuum,
L3iiitiTain.
Becipe MoUnœ anodini chartas duos; Escobaris relaxatwi paninas 89x; Vasquii emoUientis folium unum; infunde in aquœ commums lib. iiij. Ad contumptionem dimidiœ partis coUniur et exprimantur: et, m expnssione, diesolve Bauni detersivi et Tamburini abluentis folia iij.***
Fiat clister.
In chloroftim, quam yulgus pallidosFCoiores, aut febrim amatoriam, appellat.
Recipe Aretini figuras nii; R, Thomœ SanchU de matrimoMo foUa i].
Infundantur in aquoB communie libras quinqw.
Fiat ptisana aperiens.
Voilà les drogues que notre médecin mit en pratique avec ao soocès imaginable. Il ne vouloit pas, disoit-il, pour ne pas rainer ses malades, employer des remèdes rares, et qui ne se trouvent presque point, comme, par exemple, une épltre dédicatoire qui n*ait fait bâiller personne ; une préface trop courte; un mandement fait par un évêque, et rouvrage d'an janséniste méprisé par un janséniste, ou bien admiré par un jésuite. 11 disoit que ces sortes de remèdes ne sont propres qu*à entretenir la charUtanerie, contre laquelle il avoit une antipathie insurmontable.
* Le père Qaesnel, Janséniste et grand adversaire des jésuites.
** Le père Lallemand, jésuite.
*** Moiina, Bscobar, Vasquez, Banni, Tamburini, noms célèbres dans les Pronn» ciales, sont des pères jésuites qui ont défendu les doctrines que les jansénistes oot attaquées avec tant d'énergie, comme corroptrices de la morale chrétienne.
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USBEK A RICA
Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne où j'étois allé, deux savants qui ont ici une grande célébrité. Leur caractère me parut admirable. La conversation du premier, bien appréciée, se réduisoità ceci : Ce que j'ai dit est vrai, parce que je l'ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose : Ce que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.
J'aimois assez le premier; car qu'un homme soit opiniâtre, cela ne me fait absolument rien ; mais qu'il soit impertinent, celamefait beaucoup. Le premier défend ses opinions; c'est son bien; le second attaque les opinions des autres ; et c'est le bien de tout le monde.
Oh, mon cher Usbek ! ^ que la vanité sert mal ceux qui en ont une dose plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la nature! Ces gens-là veulent être admirés à force de déplaire. Ils cherchent à être supérieurs; et ils ne sont pas seulement égaux.
Hommes modestes, venez, que je vous embrasse I Vous faites la douceur et le charme de la vie. Vous croyez que
i. n faudrait, ce me semble, mon cher Rica, à moins quil n*y ait ane erreur dans Tintitulé de la lettre, et qu'elle ne soit adressée par Rica à Usbek, comme l'ont supposé quelques éditeurs.
VOUS n'avez rien; et moi, je vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n*humiliez personne, et vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare dans mon idée avec ces hommes absolus que je vois partout, je les précipite de leur tribunal, et je les mets à vos pieds.
De Paris, le 8S de U lune de chahbaD, 1790.
USBEK A
Un homme d'esprit est ordinairement difficile dans les sociétés. Il choisit peu de personnes; il s'ennuie avec tout ce grand nombre de gens qu'il lui plaît appeler mauvaise compagnie; il est impossible qu'il ne fasse un peu sentir son dégoût : autant d'ennemis.
Sûr de plaire quand il voudra, il néglige très-souvent de le faire.
Il est porté à la critique, parce qu'il voit plus de choses qu'un autre, et les sent mieux.
Il mine presque toujours sa fortune, parce que son esprit lui fournit pour cela un plus grand nombre de moyens.
Il échoue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde beaucoup. Sa vue, qui se porte' toujours loin, lui fait voir des objets qui sont à de trop grandes distances. Sans compter que, dans la naissance d'un projet, il est moins frappé des difficultés qui viennent de la chose, que des remèdes qui sont de lui, et qu'il tire de son propre fonds.
Il néglige les menus détails, dont dépend cependant la réussite de presque toutes les grandes affaires.
i. Cette lettre a para dès 1721 dans la seconde édition de Cologne. 2. 2«C. 172i. Qui porte.
L'homme médiocre, au contraire, cherche à tirer parti de tout : il sent bien qu'il n'a rien à perdre en négligences.
L'approbation universelle est, plus ordinairement, pour l'homme médiocre. On est charmé de donner à celui-ci ; on est enchanté d'ôter à celui-là.^ Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne lui pardonne rien, on supplée tout en faveur de l'autre; la vanité se déclare pour lui.
Mais, si un homme d'esprit a tant de désavantages, que dirons-nous de la dure condition des savants?
Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une lettre d'un d'eux à un de ses amis. La voici :
c Monsieur,
« Je suis un homme qui m'occupe toutes les nuits à regarder, avec des lunettes de trente pieds, ces grands corps qui roulent sur nos tètes; et, quand je veux me délasser, je prends mes petits microscopes, et j'observe un ciron ou une mite.
c Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule chambre ; je n'ose même y faire du feu, parce que j'y tiens mon thermomètre, et que la chaleur étrangère le feroit hausser. L'hiver dernier,* je pensai mourir de froid; et, quoique mon thermomètre, qui étoit au plus bas degré, m'avertît que mes mains alloient se geler, je ne me dérangeai point Et j'ai la consolation d'être instruit exactement des changements de temps les plus insensibles de toute l'année passée.
c Je me communique fort peu ; et, de tous les gens que je vois, je n'en connois aucun. Mais il y a un homme à Stockholm, un autre à Leipsick, un autre à Londres, que je n'ai jamais vus, et que je ne verrai sans doute jamais, avec lesquels j'entretiens
i. 2* G. 1721. On aime à donner à celai-d; on est charmé d'ôter à celui-là.