‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 71 sur 245 · A. n est impossible · texte numérisé non relu

A. n est impossible

3. A. C. Les hommes même n*ont point en Perse la môme gaieté que les François.

et cet air content, que je trouve ici dans tous les états et dans toutes les conditions.

C'est bien pis en Turquie, où Ton pourroit trouver des familles où, de père en fils, personne n'a ri, depuis la fondation de la monarchie.

Cette gravité des Asiatiques vient du peu de commerce qu'il y a entre eux : ils ne se voient que lorsqu'ils y sont forcés par la cérémonie. L'amitié, ce doux engagement du cœur, qui fait ici la douceur de la vie, leur est presque inconnue ; ils se retirent dans leurs maisons, où ils trouvent toujours une compagnie qui les attend ; de manière que chaque famille est, pour ainsi dire, isolée.*

Un jour que je m'entretenois là-dessus avec un homme de ce pays-ci, il me dit : Ce qui me choque le plus de vos mœurs, c'est que vous êtes obligés de vivre avec des esclaves, dont le cœur et l'esprit se sentent toujours de la bassesse de leur condition. Ces gens lâches aflbiblissent en vous les sentiments de la vertu, que l'on tient de la nature, et ils les ruinent, depuis l'enfance qu'ils vous obsèdent.

Car, enfin, défaites-vous des préjugés : que peut-on attendre de l'éducation qu'on reçoit d'un misérable, qui fait consister son honneur à garder les femmes d'un autre, et s'enorgueillit du plus vil emploi qui soit parmi les humains ; qui est méprisable par sa fidélité même, qui est la seule de ses vertus, parce qu'il y est porté par envie, par jalousie et par désespoir; qui, brûlant de se venger des deux sexes, dont il est le rebut, consent à être tyrannisé par le plus fort, pourvu qu'il puisse désoler le plus foible ; qui, tirant de son imperfection, de sa laideur et de

i. A. C. Isolée des autres.

sa difformité, tout l'éclat de sa condition, n'est estimé que parce qu'il est indigne de l'être; qui, enfin, rivé pour jamais à la porte où il est attaché, plus dur que les gonds et les verrous qui la tiennent, se vante de cinquante ans de vie dans ce poste indigne, où, chargé de la jalousie de son maître, il a exercé toute sa bassesse?

De Paris, le 14 de la lune de zilhagé,' 1113. 1. Zoul-hidjé, douzième et dernier mois de Tannée musulmane.

USBEiC A GEMCHID, SON COUSIN

DERYIS DU BRILLA>iT MONASTÈRE DB TAL'RIS.

Que penses-tu des chrétiens, sublime dervis? Crois-tu qu'au jour du jugement ils seront, comme les infidèles Turcs, qui serviront d'ânes aux Juifs, et les mèneront au grand trot en enfer?* Je sais bien qu'ils n'iront point dans le séjour des prophètes, et que le grand Hali n'est point venu pour eux. Mais, parce qu'ils n'ont pas été assez heureux pour trouver des mosquées dans leur pays, crois-tu qu'ils soient condamnés à des châtiments éternels ; et que Dieu les punisse pour n'avoir pas pratiqué une religion qu'il ne leur a pas fait connoitre? Je puis te le dire : j'ai souvent examiné ces chrétiens; je les ai interrogés, pour voir s'ils avoient quelque idée du grand Hali, qui étoit le plus beau de tous les hommes :* j'ai trouvé qu'ils n'en avoient jamais ouï parler.

. Ils ne ressemblent point à ces infidèles que nos saints

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