Expression d*un psaume appliquée au Messie
prophètes faisoient passer au fil de Tépée, parce qu'ils refusoient de croire aux miracles du ciel : ils sont plutôt comme ces malheureux qui vivoient dans les ténèbres de l'idolâtrie, avant que la divine lumière vint éclairer le visage de notre grand prophète.
D'ailleurs, si l'on examine de près leur religion, on y trouvera comme une semence de nos dogmes. J'ai souvent admiré les secrets de la Providence, qui semble les avoir voulu préparer par là à la conversion générale. J'sd ouï parler d'un livre de leurs docteurs, intitulé la Polygamie triomphante^ dans lequel il est prouvé que la polygamie est ordonnée aux chrétiens.* Leur baptême est l'image de nos ablutions légales ; et les chrétiens n'errent que dans refficacité qu'ils donnent à cette première ablution, qu'ils croient devoir suffire pour toutes les autres. Leurs prêtres et leurs moines prient, comme nous, sept fois le jour. Us espèrent de jouir d'un paradis, où ils goûteront mille
i. Le livre auquel Usbek fait allusion est intitult^ Polygamia triumphatrix, idest discursus politicus de polygamia, auctore Tbeophilo Aletheo, cum notis Athanasii Vincentii, omnibus anti-i>olygamiSt ubique locorum, terrarum, insularum, pagorum, urbium, modeste et pie opposita. Lundini Scanorum, sumptibus auctoris, post annum 1682, in-4''.
Quoique le titre porte pour lieu d'impression Lund, ville de Suède, l'ouvrage a été certainement imprimé en Hollande, et suivant toute apparence à Amsterdam.
L'auteur y soutient en quatre-vingt-dix thèses, défendues k la façon scolastique, la légitimité et la sainteté de la polygamie, dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Le commentaire alourdit singulièrement ce paradoxe, déjà insoutenable par lui-même ; le tout remplit un volume qui n'a pas moins de 564 pages.
L'auteur est John Lyser; le nom du commentateur est inconnu. On a prononcé celui de Puffendorf ; mais la chose est peu probable. Puffendorf avait plus d'esprit.
Sur le livre et l'auteur, qui ne méritaient pas la célébrité que leur donne Montesquieu, on peut voir Bayle, Dictionn,, art. Jean Lyser^ et OEwjreSy t. I, p. 256; Mccron, Mémoires, t. XXXIX, p. 386 et suiv.; Brucker,Hi9f. phil, V,p.768; VI, p. 336.
délices, par le moyen de la résurrection des corps. Us ont, comme nous, des jeûnes marqués, des mortifications avec lesquelles ils espèrent fléchir la miséricorde divine. Ils rendent un culte aux bons anges, et se méfient des mauvais. Us ont une sainte crédulité pour les miracles que Dieu opère par le ministère de ses serviteurs. Ils reconnoissent, comme nous, l'insuilisance de leurs mérites, et le besoin qu'ils ont d'un intercesseur auprès de Dieu. Je vois partout le mahométisme, quoique je n'y trouve point Mahomet. On a beau faire, la vérité s'échappe, et perce toujours les ténèbres qui l'environnent. Il viendra un jour où l'Éternel ne verra sur la terre que de vrais croyants. Le temps, qui consume tout, détruira les erreurs même. Tous les hommes seront étonnés de se voir sous le même étendard : tout, jusqu'à la loi, sera consommé; les divins exemplaires seront enlevés de la terre, et portés dans les célestes archives.
De Paris, le 80 de la lune de zilhagé, 1718.
USBEK A RHëDI.
A VENISE
Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d'autres, on joue aux échecs. Il y en a une* où l'on apprête le café de telle manière, qu'il donne de l'esprit à ceux qui en prennent : au moins, de tous ceux qui en sortent, il n'y a personne qui ne croie qu'il en a quatre fois plus que lorsqu'il y est entré.
Mais, ce qui me choque de ces beaux esprits, c'est qu'ils ne se rendent pas utiles à leur patrie, et qu'ils amusent leurs talents à des choses puériles. Par exemple, lorsque j'arrivai à Paris, je les trouvai échauffés sur une dispute la plus mince qu'il* se puisse imaginer : il s'agissoit de la réputation d'un vieux poète grec,' dont, depuis deux mille ans, on ignore la patrie, aussi bien que le temps de sa moit. Les deux partis avouoient que c'étoit un poète
1. Le café Procope, rendez-voas des beaux esprits au xviii* siècle.