‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 103 sur 488 · A LA MAHOMÉTANE · texte numérisé non relu

A LA MAHOMÉTANE

La religion chrétienne est éloignée du pur despotisme : c'est que la douceur étant si recommandée dans TÉvangile, elle s'oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se feroit justice, et exerceroit ses cruautés.

Cette religion défendant la pluralité des femmes, les princes y sont moins renfermés, moins séparés de leurs sujets, et par conséquent plus hommes; ils sont plus disposés à se faire des lois, et plus capables de sentir qu'ils ne peuvent pas tout.

Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion, chez les chrétiens, rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. Le prince compte sur ses sujets, et les sujets sur le prince. Chose admirable I la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci ^

1. Il est impossible de suspecter la sincérité de ce langage. Si Montesqoieo ne pensoit pas ce qu*il a dit, une résenre politique pouvoit rengager à se taire; mais rien ne Tengagcoit à parler. Remarquez qu*il fait partout

C'est la religion chrétienne qu i, malgré la grandeur de Tempire et le vice du climat, a empêché le despotisme de s'établir en Ethiopie , et a porté au milieu de l'Afrique les mœurs de l'Europe et ses lois.

Le prince héritier d'Ethiopie jouit d'une principauté, et donne aux autres sujets l'exemple de Tamour et de l'obéissance. Tout près de là on voit le mahométisme faire renfermer les enfants du ^ roi de Sennar : à sa mort, le Conseil les envoie égorger, en faveur de celui qui monte sur le trône.

Que, d'un côté, l'on se mette devant les yeux les massacres continuels des rois et des chefs grecs et romains, et, de l'autre, la destruction des peuples et des villes par ces mêmes chefs, Thimur et Gengiskan, qui ont dévasté l'Asie; et nous verrons que nous devons au christianisme, et dans le gouvernement un certain droit politique, et dans la guerre un certain droit des gens, que la nature humaine ne sauroit assez reconnoître.

C'est ce droit des gens qui fait que, parmi nous, la victoire laisse aux peuples vaincus ces grandes choses : la vie, la liberté, les lois, les biens, et toujours la religion, lorsqu'on ne s'aveugle pas soi-même*.

On peut dire que les peuples de l'Europe ne sont pas aujourd'hui plus désunis que ne l'étoient dans l'empire

dans VEsprit d$s Lois, et ea termes très-expressifs Téloge de cette même religion quMI avait si légèrement traitée, dans sa jeunesse. Il ne la recommande pas seulement comme le plus parfait système religieux, mais comme le plus puissant do tons les soutiens du système social, et réfute solidement ceux qui en ont méconnu Futilité et la solidité. (La Harpe.)

i. Relation (T Ethiopie, par le sieur Ponce, médecin, au quatrième recueil des Lettres édifiantes, page 290. (M.)

2. Est-ce une allusion à Texpulsion des juifs et des morisques d^Espagne

Page 1