‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 319 sur 488 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

CONTINUATION DU MEME SUJET

Qu'est-ce donc que cette compilation que nous avons sous le nom à! Établissements de saint Louis? Qu'est-ce que ce code obscur, confus et ambigu, où Ton mêle sans cesse la jurisprudence françoise avec la loi romaine ; où l'on parle comme un législateur, et où l'on voit un jurisconsulte; où Ton trouve un corps entier de jurisprudence sur tous les cas, sur tous les points du droit civil? II faut se transporter dans ces temps-là.

Saint Louis, voyant les abus de la jurisprudence de son temps, chercha à en dégoûter les peuples ; il fit plusieurs règlements pour les tribunaux de ses domaines, et pour ceux de ses barons ; et il eut un tel succès, que Beaumanoir*, quiécrivoit très- peu de temps après la mort de ce prince, nous dit que la manière déjuger établie par saint Louis étoit pratiquée dans un grand nombre de cours des seigneurs.

Ainsi ce prince remplit son objet, quoique ses règlements pour les tribunaux des seigneurs n'eussent pas été faits pour être une loi générale du royaume, mais comme un exemple que chacun pourroit suivrQ, et que chacun même auroit intérêt de suivre. Il ôta le mal, en faisant

i. Cb. Lxi, p. 300. (M.)

sentir le meilleur. Quand on vit dans ses tribunaux, quand on vit dans ceux des seigneurs*, une manière de procéder plus naturelle, plus raisonnable, plus conforme à la morale, à la religion, à la tranquillité publique, à la sûreté de la personne et des biens, on la prit, et on abandonna l'autre.

Inviter, quand il ne faut pas contraindre; conduire, quand il ne faut pas commander, c'est l'habileté suprême. La raison a un empire naturel ; elle a même un empire tyrannique : on lui résiste, mais cette résistance est son triomphe ; encore un peu de temps, et Ton sera forcé de revenir à elle".

Saint Louis, pour dégoûter de la jurisprudence françoise, fit traduire les livres du droit romain, afin qu'ils fussent connus des hommes de loi de ces temps-là. Défontaines, qui est le premier ' auteur de pratique que nous ayons, fit un grand usage de ces lois romaines ; son ouvrage est, en quelque façon, un résultat de l'ancienne jurisprudence françoise, des lois ou Établissements de saint Louis, et de la loi romaine S Beaumanoir fit peu d'usage de la loi romaine; mais il concilia l'ancienne jurisprudence françoise avec les règlements de saint Louis.

G*est dans l'esprit de ces deux ouvrages, et surtout de celui de Défontaines, que quelque bailli, je crois, fit l'ou-

i. A. B. De quelques seigneurs.

2. La raison nous commande bien plus impérieusement qn^un maître : car en désobéissant à Tun, on est malheureux, et en désobéissant à Tautre, on est un sot. Pascal, PeMées,

3. Il dit lui-même dans son prologue : Nus n'enprit onques devant mot cetttt chose dont j'aie exemplaire, (M.)

4. Le Conseil de Pierre De Fontaines est composé de deux parties qui n*ont aucun rapport commun : un style, ou manuel de procédure, et une traduction partielle d'une somme du Code de Justinien.

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