A. Qui fait bien voir
et eux, de leur côté, s'obligeoient de payer aux consuls quatre cent mille sesterces, s'ils ne leur foumissoient trois augures qui déclareroient qu'ils étoient présents lorsque le peuple avoit fait la loi curiate ^ quoiqu'il n'en eût point fait, et deux consulaires qui affirmeroient qu'ils avoient assisté à la signature du sénatus-consulle qui régloit l'état de leurs provinces, quoiqu'il n'y en eût point eu. » Que de malhonnêtes gens dans un seul contrat!
Outre que la religion est toujours le meilleur garant que Ton puisse avoir des mœurs des hommes, il y avoit ceci de particulier chez les Romains, qu'ils mêloient quelque sentiment religieux à l'amour qu'ils avoient pour leur patrie. Cette ville, fondée sous les meilleurs auspices, ce Romulus, leur roi et leur dieu, ce Gapitole, éternel comme la ville, et la ville, éternelle comme son fondateur, avoient fait autrefois, sur l'esprit des Romains, une impression qu'il eût été à souhaiter qu'ils eussent conservée.
La grandeur de l'État fit la grandeur des fortunes particulières. Mais, comme l'opulence est dans les mœui^ et non pas dans les richesses, celles des Romains, qui ne laissolent pas d'avoir des bornes, produisirent un luxe et des profusions qui n'en avoient point *. Ceux qui avoient d'abord été corrompus par leurs richesses, le furent ensuite par leur pauvreté. Avec des biens au-dessus d'une condition privée, il fut difficile d'être un bon citoyen : avec les désirs et les regrets d'une grande fortune ruinée, on
1. La loi curiate donnoit la puissance militaire; et le sénatus-consulte régloit les troupes, Targent, les officiers que devoit avoir le gou? emenr : or les consuls, pour que tout cela fût fait à leur fantaisie, vouloieat fabriquer une fausse loi et un faux sénatus-consulte. (M.)
2. La maison que Cornélie avoit achetée soixante et quinze miUe drachmes, LucuUus Tacheta, peu de temps après, deux mîlUons cinq cent mille. Plutarque, Vie de Marius. (M.)
fut prêt à tous les attentats; et, comme dit Salluste \ on vit une génération de gens qui ne pouvoient avoir de patrimoine, ni souffrir que d'autres en eussent.
Cependant, quelle que fût la corruption de Rome, tous les malheurs ne s'y étoient pas introduits : car la force de son institution avoit été telle, qu'elle avoit conservé une valeur héroïque, et toute son application à la guerre, au milieu des richesses, de la mollesse et de la volupté ; ce qui n'est, je crois, arrivé à aucune nation du monde.
Les citoyens romains ' regardoient le commerce ' et les arts comme des occupations d'esclave; ils ne les exerçoient point. S'il y eut quelques exceptions, ce ne fut que de la part de quelques affranchis, qui continuoient leur première industrie. Mais, en général, ils ne connoissoient que l'art de la guerre, qui étoit la seule voie pour aller aux magistratures et aux honneurs ^ . Ainsi les vertus guerrières restèrent, après qu'on eut perdu toutes les autres.
\, Ut fMrito dkatûr gfnUos e$S9, qui nêc ipsi habere posswt res fami-' liares, nec alioi patû Fragment de Tbistoire de Salluste, tiré du livre de U Cité de Dieu, li?. II, cbap. ivui. (M.)
3. A. Le peuple romain ne cuUi?oit point le commerce et les arts ; il les regtf doit comme des occupations d*escla?e. S*il y a quelques exceptions, ce n*étoient guères que quelques affranchis, qui continuoient leur première industrie, etc.
3. Romulus ne permit que deux sortes d^exercices aux gens libres : ragricollore et la guerre. Les marcbands, les ouvriers, ceux qui tenoient uoe maison à louage, les cabaretiers, n*étoient pas du nombre des citoyens. Denys d*Halicarnasse, liv. II. Idem, liv. IX. (M.)
4. Cicéron en donne les raisons dans ses Oflices, liv. I, cbap. xlii*. (M.)
5. 11 falloit avoir servi dix années, entre Tàge de seiie ans et celui de quarmnte-sept. Voyez Polybc, liv. VI, cbap. ux. (M.)
• A. rédige ainsi cette note : Cicéron, liv. I, ch. xlii des Ofices dit : lUiberalet et mrdidi guœttui mereenariorum omnium, quorum operœ, non fuorum artes emuniur; eti enim iUit i/na mtreet aueloramenlum arvitutit : Les marchands, ^oute-t-il, ne font ancan profit s'ils ne mentent.. L*agriciiltiire est le plus beau de tous les arts, et le plus digne d'an homme libre. *