DE STLLA. — 2. DE POMPÉE ET CESAR
Je supplie qu'on me permette de détourner les yeux des horreurs des guerres de Marius et de Sylla : on en trouvera, dans Appien, répouvantable histoire. Outre la jalousie, l'ambition et la cruauté des deux chefs, chaque Romain étoit furieux ; les nouveaux citoyens et les anciens ne se regardoient plus comme les membres d'une même république ' ; et l'on se faisoit une guerre, qui, par un caractère particulier, étoit en même temps civile et étrangère.
Sylla ^ fit des lois très-propres à ôter la cause des désordres que l'on avoit vus : elles augmentoient l'autorité du sénat, tempéroient le pouvoir du peuple, régloient celui des tribuns. La fantaisie qui lui fit quitter la dictature sembla rendre la vie à la république : mais, dans la
1. Comme Marius, pour so foire donner U commission de la guerre contre Mithridate, au préjudice de Sylla, avoit, par le secours du tribun Sulpicius, répandu les huit nouvelles tribus des peuples d*lulie dans les anciennes, ce qui rendoit les Italiens maîtres des suffrages , ils étoieot la plupart du parti de Marius, pendant que le sénat et les anciens citoyens étoient du parti de Sylla. (M.)
2. A. Sylla fit d'assez bonnes lois; il diminua la puissance des tribuns; et la modération ou la fantaisie qui lui fit quitter la dictature rétablit pour un temps le sénat; mais, dans la fureur de ses succès, il avoit fait deux choses qui, dans la suite, mirent Rome dans Timpossibilité de conserver sa liberté.
fureur de ses succès, il avoit fait des choses qui mirent Rome dans l'impossibilité de conserver sa liberté.
11 ruina ^ dans son expédition d'Asie, toute la discipline militaire : il accoutuma son armée aux rapines ' , et lui donna des besoins qu'elle n'avoit jamais eus : il corrompit, une fois, des soldats qui dévoient, dans la suite, corrompre les capitaines.
II entra dans Rome à main armée, et enseigna aux généraux romains à violer l'asile de la liberté '.
Il donna les terres des citoyens aux soldats ^, et il les rendit avides pour jamais ^ ; car, dès ce moment, il n'y eut plus un homme de guerre qui n'attendit une occasion qui pût mettre les biens de ses concitoyens entre ses mains.
Il inventa les proscriptions, et mit à prix la tête de ceux * qui n'étoient pas de son paiti. Dès lors, il fut impossible de s'attacher davantage à la république : car, parmi deux hommes ambitieux, et qui se disputoient la victoire, ceux qui étoient neutres, et pour le parti de la liberté, étoient sûrs d'être proscrits par celui des deux qui seroit le vainqueur. 11 étoit donc de la prudence de s'attacher à l'un des deux.
Il vint après lui, dit Gicéron ^, un homme ' qui, dans
1. Ce paragraphe et le 8ui?aut ne sont point dans A. 3. Voyez, dans la Conjuration de Catilioa, cb. xi et xii, le portrait que Sallaste nous fait do cette armée. (M.)
3. Fugatis Marti copiis, primus urbem Ihmam cum armis ingreisus est. Fragment de Jean d'Antiocbe, dans VExtrait des vertus et des vices. ( Bf •)
4. On distribua bien au commencement une partie des terres des ennemis vaincas; mais Sylla donnoit les terres des citoyens. (M.)