‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 120 sur 217 · A. : que de sa valeur · texte numérisé non relu

A. : que de sa valeur

3. A. Peut-être même que ce fut un bonheur pour lui de n^aroir eu aucune des qualités qui pouvoient lui procurer l'empire, etc.

jaloux de la liberté de leur patrie, quoiqu'ils la détruisissent sans cesse, n'y ayant rien de si aveugle qu'une armée.

La bataille d'Actium se donna; Gléopâtre fuit, et entraîna Antoine avec elle. Il est certain que, dans la suite, elle le trahit \ Peut-être que, par cet esprit de coquetterie inconcevable des femmes, elle avoit formé le dessein de mettre encore à ses pieds un troisième maître du monde.

Une femme', à qui Antoine avoit sacrifié le monde entier, le trahit : tant de capitaines et tant de rois , qu'il aVoit agrandis ou faits, lui manquèrent ; et, comme si la générosité avoit été liée à la servitude, une troupe de gladiateurs lui conserva une fidélité héroïque. Comblez un homme de bienfaits, la première idée que vous lui inspirez, c'est de chercher les moyens de les conserver : ce sont de nouveaux intérêts que vous lui donnez à défendre.

Ce qu'il y a de surprenant dans ces guerres, c'est qu'une bataille décidoit presque toujours l'affaire , et qu'une défaite ne se réparoit pas.

Les soldats romains n'avoient point proprement d'es^ prit de parti ; ils ne combattoient point pour une certaine chose, mais pour uiie certaine personne; ils ne connoissoient que leur chef, qui les engageoit par des espérances immenses : mais, le chef battu n'étant plus en état de remplir ses promesses, ils se tournoient d'un autre côté. Les provinces n' entroient point non plus sincèrement dans la querelle, car il leur importoit fort peu qui eftt le dessus, du sénat ou du peuple. Ainsi , sitôt qu'un des chefs étoit

i. Voyez Dion, liv. LT, ch. xiv et iiy.(M.) 3. Ce paragraphe ii*est pas dans A.

U% GRANDEUR ET DËGADENGE

battu, elles se donnoient à l'autre^; car il falloit que chaque ville songeât à se justifier devant le vainqueur, qui, ayant des promesses immenses à tenir aux soldats, devoit leur sacrifier les pays les plus coupables.

Nous avons eu, en France, deux sortes de guerres civiles : les unes avoient pour prétexte la religion , et elles ont duré, parce que le motif subsistoit après la victoire; les autres n'avoient pas proprement de motif, mais étoient excitées par la légèreté ou l'ambition de quelques grands, et elles étoient d*abord étouffées '•

Auguste (c'est le nom que la flatterie donna à Octave') établit l'ordre, c'est-à-dire, une servitude durable : car, dans un état libre où l'on vient d'usurper la souveraineté, on appelle règle tout ce qui peut fonder l'autorité sans bornes d'un seul; et on nomme trouble, dissension, mauvais gouvernement, tout ce qui peut maintenir l'bonnéte liberté des sujets.

Tous les gens qui avoient eu des projets ambitieux, avoient travaillé à mettre une espèce d'anarchie dans la république. Pompée, Grassus et César y réussirent à merveille. Ils établirent une impunité de tous les crimes publics; tout ce qui pou voit arrêter la corruption des mœurs, tout ce qui pouvoit faire une bonne police «, ils l'abolirent; et, comme les bons législateurs cherchent à rendre leurs concitoyens meilleurs, ceux-ci travailloient à les rendre pires : ils introduisirent donc la coutume de

i. II n*y aToit point de garnisons dans les villes pour les contenir; et les Romains n*avoient eu besoin d*assurer leur empire que par des armées ou des colonies. (M.)

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