‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 13 sur 217 · I. A. Elle les consulta a?ec les Grâces · texte numérisé non relu

I. A. Elle les consulta a?ec les Grâces

Mort marchent devant ses coursiers couverts d* écume; il entre dans la mêlée, et une poussière épaisse commence à le dérober. D'un autre côté, on le voit couché languissamment sur un lit de roses ; il sourit à Vénus : vous ne le reconnoissez qu'à quelques traits divins qui restent encore. Les Plaisirs font des guirlandes dont ils lient les deux amants : leurs yeux semblent se confondre ; ils soupirent; et, attentifs Tun à l'autre, ils ne regardent pas les Amours qui se jouent autour d'eux.

Il y a un appartement séparé, où le peintre a représenté les noces de Vénus et de Vulcain : toute la cour céleste y est assemblée. Le dieu parott moins sombre, mais aussi pensif qu'à l'ordinaire. La déesse regarde d'un air froid la joie commune : elle lui donne négligemment une main, qui semble se dérober ; elle retire de dessus lui des regards qui portent à peine ; et se tourne du côté des Grâces.

Dans un autre tableau, on voit Junon qui fait la cérémonie du mariage. Vénus prend la coupe, pour jurer à Vulcain une fidélité étemelle : les dieux sourient; et Vulcain l'écoute avec plaisir.

De l'autre côté, on voit le dieu impatient, qui entraîne sa divine épouse; elle fait tant de résistance, que l'on croiroit que c'est la fille de Gérés que Pluton va ravir, si roeil qui voit Vénus pouvoit jamais se tromper.

Plus loin de là, on le voit qui l'enlève, pour l'emporter sur le lit nuptial. Les dieux suivent en foule. La déesse se débat, et veut échapper des bras qui la tiennent. Sa robe fuit ses genoux, la toile vole : mais Vulcain répare ce beau désordre, plus attentif à la cacher, qu'ardent à la ravir.

Enfin, on le voit qui vient de la poser sur le lit que l'Hymen a préparé : il l'enferme dans les rideaux; et il

croit l'y tenir pour jamais. La troupe importune se retire : il est charmé de la voir s'éloigner. Les déesses jouent entre elles; mais les dieux paroissent tristes ; et la tristesse de Mars a quelque chose d'aussi sombre que la noiie jalousie.

Charmée de la magnificence de son temple, la déesse elle-même y a voulu établir son culte : elle en a réglé les cérémonies, institué les fêtes; et elle y est, en même temps, la divinité et la prêtresse.

Le culte qu'on lui rend presque par toute la teire, est plutôt une profanation, qu'une religion. Elle a des temples où toutes les filles de la ville se prostituent en son honneur, et se font une dot des profits de leur dévotion. Elle en a ^ où chaque femme mariée va, une fois en sa vie, se donner à celui qui la choisit, et jette dans le sanctuaire l'argent qu'elle a reçu. Il y en a d'autres où les courtisanes de tous les pays, plus honorées que les matrones, vont porter leurs offrandes. Il y en a, enfin, où les hommes se font eunuques, et s'habillent en femmes, pour servir dans le sanctuaire ; consacrant à la déesse, et le sexe qu'ils n'ont plus, et celui qu'ils ne peuvent pas avoir.

Mais elle a voulu que le peuple de Gnide eût un culte plus pur, et lui rendît des honneurs plus dignes d'elle. Là, les sacrifices sont des soupirs, et les offrandes un cœur tendre. Chaque amant adresse ses vœux à sa mal tresse, et Vénus les reçoit pour elle.

Partout où se trouve la beauté, on l'adore comme Vénus même : car la beauté est aussi divine qu'elle.

Les cœurs amoureux viennent dans le temple; ils

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